En février 2021, le Divers Alert Network a publié dans Alert Diver un article de Jim Gunderson sur les plongées en courant. Une phrase y tient lieu de règle : ne pas plonger dans un courant supérieur à un nœud sans formation ni expérience adaptées. Un nœud, c’est environ un demi-mètre par seconde.
Ça paraît lent. Ça ne l’est pas quand tu lâches le bout de descente.
On a repris l’ancienne version de cet article pour la vérifier ligne à ligne. Plusieurs chiffres sur l’âge, la durée des modules ou les options du cursus ne tenaient pas. Ce guide s’appuie sur deux articles du DAN et sur les questions à poser au club, pas sur une brochure.
Pourquoi le courant change-t-il toute la plongée ?
Le courant décide de ta consommation d’air, de ta position et de l’endroit où tu refais surface. Dans Alert Diver (2010), Mike Ange explique qu’à un demi-nœud le corps se met déjà à l’horizontale, et qu’à deux nœuds lâcher un bout de remontée un instant suffit pour être emporté.
Il rappelle aussi un détail que beaucoup oublient.
Le courant est souvent plus fort en surface qu’au fond, parce que le relief freine l’eau près du sol. Ainsi, la descente et le palier sont les deux moments où tu dérives le plus vite, alors que le fond paraît presque calme. Une mise à l’eau groupée compte donc beaucoup. Un plongeur qui traîne trente secondes en surface peut se retrouver loin du groupe. Personne ne le voit.
Ange distingue deux façons de faire : se laisser porter par le courant avec un bateau qui suit en surface, ou nager contre lui pour revenir à un point fixe, comme une épave ou un bateau au mouillage. La dérive est la plus reposante des deux.
Le courant décide plus que la photo.
Quel niveau faut-il pour une formation plongée dérivante ?
En général, un premier brevet de plongée autonome suffit pour s’inscrire, du type Open Water ou niveau 1 FFESSM selon l’organisme. L’âge minimum, le certificat médical demandé et l’encadrement varient selon l’organisme et le pays. Vérifie-les sur la page officielle du cursus ou auprès du club, avant de payer.
L’ancienne version de cet article annonçait un âge de 10 à 15 ans et un encadrement par un instructeur « ISC ». Aucune de ces deux affirmations ne s’appuyait sur une source, et le sigle ne correspond à aucun organisme que nous avons pu identifier. On les a retirées.
Pour quel niveau ?
Le brevet t’ouvre la porte de la formation. Mais il ne dit rien de ton aisance réelle dans l’eau. Un plongeur qui a besoin de ses mains pour se stabiliser, ou qui consomme vite dès qu’il palme, aura du mal dans un courant même modéré, quel que soit le logo sur sa carte. Commence par vérifier ta flottabilité et ton lestage. Notre guide sur le lest de plongée et l’équilibre de ta flottabilité t’aidera à faire ce point. Un plongeur surlesté, rappelle Ange, ne trouve jamais une flottabilité neutre.
Que t’apprend une formation à la dérive ?
Une formation dérivante mêle un volet théorique sur les courants et la planification, puis des plongées encadrées en milieu naturel. Tu y travailles la flottabilité, la position du corps, la descente groupée, le parachute et le dévidoir, et les procédures de récupération par le bateau. Durée et nombre de plongées dépendent de l’organisme.
PADI propose une spécialité Drift Diver et d’autres agences ont leur propre cursus, avec des contenus et des durées qui varient d’un centre à l’autre, d’où l’intérêt de lire le programme détaillé avant de choisir.
Or le contenu compte plus que le nom. Gunderson recommande de se former, idéalement dans un cours avec un instructeur certifié, avant d’aborder les plongées en courant. Ange insiste sur un équipement profilé, sans flexible ni accessoire qui pendouille, parce que chaque objet qui accroche l’eau te freine et te fatigue. Le bon cursus te fait répéter ces gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent automatiques. Il te fait aussi gonfler un parachute en pleine eau, à plusieurs reprises.
L’ancienne version citait des modules optionnels de scooter sous-marin et de gestion de l’oxygène en urgence. Ces contenus relèvent d’autres formations et on les a retirés.
Avant de t’engager, ajuste ton gilet stabilisateur avant la plongée pour qu’il reste stable et près du corps.
Quel matériel emporter pour une plongée dérivante ?
Le minimum cité par le DAN tient en deux objets : un parachute de signalisation et un dévidoir. Gunderson y ajoute un miroir et un sifflet. Certains sites imposent aussi un crochet de récif. Ces équipements servent surtout à être vu et récupéré par le bateau quand le groupe refait surface loin du point prévu.
Le parachute mérite un entraînement à part.
Le déployer depuis le palier, dévidoir en main, sans remonter avec lui, demande de la pratique en eau calme. Notre article sur quand et comment utiliser un parachute de plongée détaille les étapes. Range-le de façon à le sortir d’une main. Teste le dévidoir. Un parachute coincé au fond d’une poche ne sert à rien au moment où le bateau te cherche.
Pourtant, aucun accessoire ne remplace une flottabilité réglée et un profil compact, qui limitent la fatigue sur toute la durée de la plongée bien plus qu’un gadget accroché au gilet.
Le crochet de récif, lui, ne s’improvise pas : il se pose sur la roche morte, jamais sur le corail vivant, et seulement si le guide l’autorise.
Comment se passe la sortie et la récupération par le bateau ?
Tout part du briefing. Le guide doit donner la force et la direction du courant prévues, le plan de descente, le signal de regroupement et la procédure de sortie. Gunderson rappelle que le personnel encadrant doit fournir ces informations propres au site. S’il manque une de ces réponses, pose la question avant de t’équiper.
Pendant la plongée, Gunderson conseille de surveiller ton air, ta profondeur et ton temps, et de rester avec le groupe ou au moins avec ton binôme. Reste profilé, près du fond où le courant faiblit, sans toucher le récif. Si une ligne de remontée existe, utilise-la au palier pour ne pas être emporté. Quand tu nages contre le courant pour revenir à un point fixe, il propose la règle des tiers : un tiers de l’air pour l’aller, un tiers pour le retour, un tiers en réserve. Garde-la en tête.
Et les courants verticaux ?
Dans un courant descendant, équilibre tes oreilles en continu. Dans un courant ascendant, expire sans arrêt et n’inspire que lorsque tu en as besoin, selon le même article. Si tu te retrouves séparé du groupe, Ange conseille de prendre une flottabilité positive et de sortir tes moyens de signalisation sans attendre, plutôt que de lutter contre le courant jusqu’à l’épuisement.
Une fois en surface, suis à la lettre les consignes de sortie de l’opérateur pour éviter emmêlements et coups d’hélice.
Comment choisir ta première dérivante et ton club ?
Choisis un club qui forme d’abord en courant faible, sur un site connu, avec un bateau qui suit le groupe en surface. Demande la force de courant habituelle sur le site, le ratio d’encadrement et la procédure si un plongeur refait surface seul. Une réponse vague est déjà une réponse.
Les passes des Maldives, certains sites d’Indonésie ou des tombants de Méditerranée sont réputés pour leurs courants. Cependant, cette réputation ne dit rien des conditions du jour. Elle ne dit rien non plus du niveau que l’opérateur exige vraiment. Aucune page touristique ne te garantit un banc de barracudas ou une raie manta, et la visibilité n’a jamais rendu un courant plus sûr. Impossible à trancher d’ici : seul le briefing du jour, au regard des marées et de la météo, permet de juger. Note aussi que le stress monte vite quand on perd ses repères.
Si l’idée d’être séparé du groupe t’angoisse, lis notre guide pour gérer le stress en plongée et mieux réagir, et travaille ta navigation avec une formation à l’orientation en plongée.
Bref, commence petit.
Le coût réel tient en une ou deux plongées encadrées en courant faible avant les sites réputés, quelques exercices de parachute en eau calme et parfois une sortie annulée quand le courant dépasse ce que le groupe sait gérer : c’est le prix d’une marge de sécurité.
FAQ
À partir de quelle force de courant faut-il une formation ?
Le DAN, dans un article d’Alert Diver publié en 2021, déconseille de plonger dans un courant supérieur à un nœud sans formation et expérience adaptées. Un nœud correspond à environ un demi-mètre par seconde. En dessous, le briefing et l’encadrement restent décisifs.
Quel matériel est indispensable en plongée dérivante ?
Le DAN cite au minimum un parachute de signalisation et un dévidoir, complétés par un miroir et un sifflet. Certains sites imposent un crochet de récif. Entraîne-toi à déployer le parachute en eau calme avant ta première dérivante.
Que faire si je suis séparé du groupe dans le courant ?
Selon Mike Ange (Alert Diver, 2010), prends une flottabilité positive et sors tout de suite tes moyens de signalisation. Ne t’épuise pas à nager contre le courant. Le bateau te repère plus facilement en surface avec un parachute gonflé.
Faut-il un brevet spécifique pour faire une dérivante ?
Pas toujours, mais une formation encadrée est fortement conseillée par le DAN. Les conditions d’accès, d’âge et de certificat médical dépendent de l’organisme et du pays. Renseigne-toi auprès du club avant de t’inscrire.
Sources
- Current Dives (Jim Gunderson, Divers Alert Network, Alert Diver, 2021)
- Diving in Currents (Mike Ange, Divers Alert Network, Alert Diver, 2010)



