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Baudroie abyssale : quand le mâle fusionne avec la femelle

Par la rédaction Spotmydive · 27 avril 2024

Baudroie abyssale : quand le mâle fusionne avec la femelle

En mars 2018, l’Université de Washington a diffusé des images tournées au sud de l’île de São Jorge, aux Açores, vers 800 mètres de fond. On y voit une femelle de Caulophryne jordani qui nage avec un mâle minuscule soudé sous le ventre. Or personne n’avait encore filmé un tel couple vivant.

Ce couple illustre le parasitisme sexuel des baudroies abyssales, un groupe d’environ 160 espèces qui vit loin de la lumière. Le mâle se fixe à la femelle, puis leurs tissus et leurs circulations sanguines se rejoignent. Il reste accroché toute sa vie.

Cette mise à jour corrige l’ancienne version de la page, qui prêtait ce mode de reproduction à toutes les espèces et mélangeait parfois les poissons des abysses avec la baudroie de nos côtes. On a gardé les faits recoupés. Le reste est parti.

Baudroie abyssale ou baudroie côtière : quelle différence ?

Les deux appartiennent à l’ordre des Lophiiformes, mais elles vivent dans des mondes séparés. La baudroie côtière (genre Lophius, la lotte des poissonniers) reste posée sur le fond. Les baudroies abyssales forment le sous-ordre des Ceratioidei et flottent en pleine eau, entre 300 et 5 000 mètres selon l’Université de Washington.

Pour Lophius piscatorius, FishBase indique une longueur maximale de 200 cm et des fonds de sable ou de vase, parfois de roche, de la côte jusqu’à 1 000 mètres de profondeur. Il chasse à l’affût, à moitié enfoui dans le sédiment, et attend que la proie passe à sa portée. Mâle et femelle ont des tailles comparables. Aucun ne se greffe sur l’autre. Ainsi, rien chez la lotte ne ressemble à la fusion décrite plus bas, même si les deux groupes partagent le leurre sur la tête et la grande bouche.

Bref, le mot « baudroie » couvre deux histoires qui se croisent à peine.

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Côté abysses, les femelles restent souvent petites et sombres, avec une tête énorme par rapport au corps. Si ce genre de silhouette t’intéresse, le classement des poissons les plus moches du monde en réunit plusieurs, avec leur profondeur indicative.

Comment le mâle de la baudroie abyssale fusionne-t-il avec la femelle ?

Le mâle, très petit, trouve une femelle de son espèce, la mord et s’y accroche. Chez les espèces à attachement permanent, sa peau se soude ensuite à celle de la femelle et leurs vaisseaux sanguins se raccordent. Il dépend alors d’elle pour se nourrir, un peu comme un greffon.

L’écart de taille donne le vertige. Selon l’Université de Washington, la femelle peut être plus de 60 fois plus longue que le mâle et environ un demi-million de fois plus lourde. L’ancienne version de cette page parlait d’un mâle « parfois 10 fois plus petit ». Elle sous-estimait beaucoup l’écart.

Pourtant, tout le groupe ne fonctionne pas ainsi. Dans sa revue publiée en 2005 dans Ichthyological Research, l’ichtyologue américain Ted Pietsch distingue des espèces où la fusion du mâle est obligatoire et d’autres où elle reste facultative. Chez d’autres encore, le mâle libère sa semence puis repart sans se souder. Chez certaines, il ne mûrit sexuellement qu’une fois fixé. Une femelle de Cryptopsaras peut porter jusqu’à huit mâles, d’après la synthèse que Live Science a consacrée à ces travaux en 2015.

La façon dont le mâle trouve sa partenaire dans le noir reste mal documentée en milieu naturel.

On garde donc l’expression « amour fusionnel » avec prudence. Elle ne vaut que pour une partie des espèces.

Pourquoi le corps de la femelle ne rejette-t-il pas le mâle ?

Parce que ces poissons ont perdu une partie de leur immunité adaptative. En 2020, une équipe de l’institut Max Planck de Fribourg et de l’Université de Washington a publié dans Science l’analyse génétique de plusieurs espèces. Chez celles qui fusionnent, des gènes liés au rejet de greffe manquent ou ne fonctionnent plus.

Le détail varie selon le mode d’attachement. Chez les espèces où le mâle s’accroche de façon temporaire, le gène aicda, qui sert à affiner les anticorps, n’est plus fonctionnel. Les espèces à attachement permanent vont plus loin. Certaines n’ont même plus de gènes rag fonctionnels, ce qui supprime la diversification des récepteurs des lymphocytes B et T, considérée comme la marque de l’immunité adaptative dite classique. L’Université de Washington cite aussi l’absence de molécules du complexe majeur d’histocompatibilité chez certaines espèces.

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Or chez nous, ce sont ces mêmes outils qui font rejeter un organe greffé.

Reste une question ouverte. Comment ces poissons résistent-ils aux infections ? Les auteurs pensent qu’une autre forme d’immunité a pris le relais. Sa description complète reste à faire, et la page ne peut pas aller plus loin que l’étude.

D’où vient la lumière du leurre de la baudroie abyssale ?

La lumière de l’esca, le bout charnu du leurre que la femelle porte sur la tête, vient de bactéries symbiotiques. Une étude parue dans eLife en 2019 a identifié deux espèces du genre Enterovibrio chez des baudroies de quatre des onze familles de Ceratioidei.

Ces bactéries ont un génome très réduit. On pourrait croire qu’elles passent de la mère aux œufs, comme chez beaucoup de symbiotes au génome aussi réduit. L’étude conclut pourtant que les poissons les acquièrent dans l’environnement, sans préciser à quel moment de leur vie. Seule la femelle porte un leurre. Il sert à attirer des proies dans le noir, et peut-être à signaler l’espèce aux mâles.

Cette lumière ne vient donc pas des cellules de la femelle.

Mais l’idée générale reste simple. Un prédateur qui bouge peu attire la proie au lieu de la chasser, une stratégie que tu retrouves parmi les mécanismes de défense et de chasse des animaux marins. Chez la baudroie abyssale, c’est simplement l’appât qui brille.

Qu’a montré la première vidéo d’un couple vivant ?

Elle a montré une femelle de Caulophryne jordani et son mâle soudé, filmés pendant environ 25 minutes vers 800 mètres de fond. Kirsten et Joachim Jakobsen tenaient la caméra à bord du LULA1000, le submersible de la Rebikoff-Niggeler Foundation, au large de São Jorge.

Pour cette espèce, les collections ne comptaient alors que 14 femelles. Aucun mâle n’avait été observé. La vidéo a révélé un autre détail que personne n’avait encore documenté chez un poisson : des points de lumière s’allumaient par intervalles le long des rayons de ses nageoires. Leur rôle reste inconnu. Les hypothèses vont de l’attraction des proies à la dissuasion des prédateurs, en passant par l’imitation d’une méduse.

« C’est une chose unique, jamais vue », a résumé Ted Pietsch, professeur émérite à l’Université de Washington.

Et la vidéo n’a pas tout réglé. Un seul couple filmé montre que ces fusions existent en milieu naturel, sans rien dire de leur fréquence chez l’espèce ni de la durée de vie du mâle fixé.

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Peut-on voir une baudroie en plongée ?

Une baudroie abyssale, non. Elles vivent au-delà de 300 mètres, hors de portée de la plongée loisir. La baudroie côtière peut se croiser en Méditerranée sur le sable ou la vase, à partir d’une vingtaine de mètres selon FishBase. Aucune sortie ne garantit pourtant la rencontre.

Son camouflage la rend difficile à repérer. Posée sur le fond, elle prend la couleur du sable et des débris qui l’entourent, et sa silhouette aplatie se fond dans le décor au point qu’un œil peu entraîné peut passer à côté sans la remarquer. Tu pourrais aussi la confondre avec l’uranoscope, un autre chasseur à l’affût enfoui dans le sable, décrit dans notre article sur l’uranoscope. Si tu en vois une, garde tes distances. Les raisons sont détaillées dans pourquoi il ne faut jamais toucher la vie marine.

La profondeur accessible dépend du site et de ton niveau de certification, et elle se discute avec le club au briefing.

Cependant, pour les abysses, il te reste les images. Les poissons des grands fonds se déforment souvent à la remontée, comme le montre l’histoire du blobfish, le poisson le plus moche du monde. Une vidéo prise sur place vaut mieux qu’une photo de spécimen.

FAQ

Pourquoi parle-t-on d’amour fusionnel chez la baudroie abyssale ?

Chez certaines espèces, le mâle se fixe à la femelle et leurs tissus se soudent. Leurs circulations sanguines se rejoignent et le mâle reste accroché toute sa vie. Ce mode de reproduction ne concerne qu’une partie des espèces.

Quelle est la différence de taille entre le mâle et la femelle ?

Selon l’Université de Washington, la femelle peut être plus de 60 fois plus longue que le mâle et environ un demi-million de fois plus lourde. L’écart varie selon les espèces.

Combien d’espèces de baudroies abyssales connaît-on ?

On en recense environ 160, réparties en onze familles du sous-ordre des Ceratioidei. Toutes ne pratiquent pas la fusion du mâle avec la femelle.

Peut-on voir une baudroie abyssale en plongée ?

Non. Elles vivent au-delà de 300 mètres, hors de portée de la plongée loisir. En Méditerranée, tu peux parfois croiser la baudroie côtière (genre Lophius), sans aucune garantie.

Sources

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1 commentaire sur « Baudroie abyssale : quand le mâle fusionne avec la femelle »

  1. c’est vraiment fascinant de voir a quel point la nature a une capacité d’adaptation extrème

Les commentaires sont fermés.