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Corail noir : comment le reconnaître, où il vit et pourquoi il est protégé

Par la rédaction Spotmydive · 3 mai 2024

Corail noir : comment le reconnaître, où il vit et pourquoi il est protégé

En 2009, une équipe menée par Brendan Roark a daté au radiocarbone des coraux prélevés vers 400 mètres de fond au large d’Hawaï, et l’un d’eux, un corail noir du genre Leiopathes, affichait environ 4 265 ans. Son tronc grossissait de quelques micromètres par an.

Ce chiffre change la façon de regarder ces colonies en forme d’arbuste. Une branche cassée par une ancre mal posée ou par un coup de palme peut représenter des siècles de croissance. Et la plupart des plongeurs passent devant sans les reconnaître, parce que le corail noir n’a presque jamais l’air noir.

On fait le point sur ce qui est vérifié. Le reste, on l’a retiré.

Comment reconnaître un corail noir ?

Le corail noir se reconnaît à ses polypes plutôt qu’à sa couleur. Ses colonies forment des arbustes, des plumes ou de longs fouets, et chaque polype porte six tentacules simples qui ne se rétractent pas. Le noir désigne le squelette interne, fait de chitine et de protéines, que les tissus vivants cachent presque toujours.

Les tissus vivants, eux, prennent des teintes très variées.

Selon les espèces, on les voit blancs, jaunes, orange, rouges, verts ou bruns. Le nom vient donc de l’axe, que les bijoutiers taillent et polissent depuis longtemps pour en faire des perles et des pendentifs. Le nom d’ordre, Antipatharia, vient du grec et évoque un remède contre la souffrance, souvenir des vertus qu’on prêtait autrefois à ce corail, que les scientifiques rangent aujourd’hui parmi les hexacoralliaires, à côté des anémones et des madrépores. Mais le plus utile en plongée reste le compte des tentacules. Six tentacules simples, on pense antipathaire. Huit tentacules frangés : gorgone.

Les photos de colonies sombres qui circulent sur les sites de bijouterie montrent l’axe nettoyé et poli (l’animal vivant n’a pas cette allure).

Où vit le corail noir et à quelle profondeur ?

On trouve des coraux noirs dans tous les océans, des eaux tropicales aux mers froides. Le dossier CITES consacré au corail noir d’Hawaï compte plus de 200 espèces décrites, présentes d’environ 20 mètres jusqu’à 8 000 mètres, avec une majorité entre 30 et 80 mètres. La plupart se passent de lumière.

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Cette indépendance explique leur présence sur les tombants profonds, les monts sous-marins et les canyons. Ils filtrent le plancton que le courant leur apporte, grâce à des polypes qui restent déployés jour et nuit. En Méditerranée, l’espèce la plus étudiée s’appelle Antipathella subpinnata. Elle forme par endroits de petites forêts sur les fonds rocheux du large, en général au-delà d’une cinquantaine de mètres (ordre de grandeur indicatif, qui varie selon les secteurs étudiés). Ces forêts abritent des poissons et des invertébrés.

Or, à Hawaï, les espèces exploitées vivent bien plus près de la surface.

Les deux grands gisements commerciaux découverts en 1958 au large de l’archipel se situaient entre 30 et 75 mètres de profondeur. Si tu veux comparer avec les coraux bâtisseurs de récifs, notre guide complet sur le corail détaille la symbiose avec les microalgues dont la plupart des coraux noirs se passent, ce qui leur permet de coloniser des fonds où la lumière manque.

Espèce Où Profondeur Fait vérifié
Leiopathes sp. Hawaï Environ 400 m Colonie datée à environ 4 265 ans (PNAS, 2009)
Antipathes dichotoma Hawaï 30 à 75 m Environ 6,4 cm de hauteur par an, espèce récoltée
Antipathes grandis Hawaï 30 à 75 m Espèce récoltée, taille minimale imposée
Antipathella subpinnata Méditerranée Au-delà de 50 m environ (indicatif) Forme des forêts sur fonds rocheux
Antipathella fiordensis Fjords de Nouvelle-Zélande Faible profondeur (indicatif) Colonies blanches visibles en plongée loisir

Combien de temps vit un corail noir ?

Certaines colonies vivent plusieurs millénaires. L’étude de Roark et de ses collègues, publiée dans PNAS en 2009, a daté un Leiopathes hawaïen à environ 4 265 ans, avec des croissances radiales mesurées entre 4 et 35 micromètres par an pour les coraux profonds analysés.

Pour te donner l’échelle, 35 micromètres font moins que l’épaisseur d’un cheveu.

Pourtant, tous les coraux noirs ne poussent pas à ce rythme. Le dossier CITES indique qu’Antipathes dichotoma, récoltée à Hawaï, gagne environ 6,4 centimètres de hauteur par an. Les deux mesures ne se contredisent pas. L’une porte sur l’épaisseur du tronc d’une espèce profonde, l’autre sur la hauteur d’une espèce qui vit beaucoup plus près de la surface et dans une eau plus chaude. Bref, méfie-toi des pages qui donnent une seule vitesse de croissance pour tout le groupe, comme les « quelques millimètres par an » qu’on lit souvent.

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Les chercheurs lisent ces squelettes comme des archives. Chaque couche garde une trace chimique de l’eau qui l’a vue se former, ce qui permet de reconstituer des variations de l’océan sur des siècles. Ce record vaut à Leiopathes une place dans notre classement des animaux marins qui vivent le plus longtemps, avec la même source et les mêmes chiffres.

Pourquoi le corail noir est-il protégé par la CITES ?

Tous les coraux noirs figurent à l’Annexe II de la CITES depuis 1981. Ce classement encadre le commerce international : chaque exportation doit être couverte par un permis, accordé si le prélèvement ne menace pas la survie de l’espèce. La demande vient surtout de la bijouterie.

À Hawaï, où le corail noir est l’emblème officiel de l’État, la récolte a commencé à la fin des années 1950. Elle se fait encore en plongée, à la main, colonie par colonie, avec des haches et des scies, jusqu’à 75 mètres environ selon le dossier CITES, ce qui limite la récolte aux zones accessibles. Les règles imposent une taille minimale de 1 pouce de diamètre à la base, ou de 122 centimètres de hauteur. Ce seuil vise à laisser chaque colonie se reproduire avant d’être coupée, la maturité arrivant vers 10 à 12 ans selon le dossier CITES. Cependant, une autre menace pèse plus lourd.

Le corail envahissant Carijoa riisei a tué 70 % des colonies de corail noir entre 68 et 114 mètres dans une zone de récolte de l’archipel.

Ailleurs, le chalutage de fond et les engins de pêche perdus cassent des colonies que personne ne verra repousser. Le réchauffement s’ajoute à la liste des menaces qui pèsent sur les coraux, même si les espèces profondes y sont exposées autrement que les récifs de surface. Pour le marché parallèle, on ne dispose pas de chiffres fiables. L’ancienne version de cette page citait une saisie à Madagascar et un prix au kilo, deux données qu’on n’a pas pu vérifier.

Si un bijou en corail noir te tente en voyage, demande au vendeur les documents d’origine. Renseigne-toi aussi auprès des douanes avant de rentrer. Sans le bon papier, l’objet peut être retenu à la frontière, et c’est l’argent de l’achat qui part avec.

Peut-on voir du corail noir en plongée loisir ?

Oui, à quelques endroits où des espèces poussent à faible profondeur. En mer Rouge, des coraux fouets et de petits buissons d’antipathaires se rencontrent sur certains tombants accessibles en plongée loisir. Dans les fjords de Nouvelle-Zélande, une couche d’eau douce teintée coupe la lumière et laisse des espèces de grand fond vivre près de la surface.

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Le cas néo-zélandais est le plus connu. Dans le Fiordland, les pluies abondantes déposent en surface une eau brune, chargée de tanins, qui recrée à quelques mètres l’obscurité qu’on trouve d’ordinaire bien plus bas. Les colonies blanches d’Antipathella fiordensis y vivent donc à des profondeurs inhabituelles. Ainsi, on peut les observer sans viser une plongée profonde. Rien de tout cela ne renseigne sur le courant, la température ou l’encadrement le jour de ta sortie.

Pour quel niveau ? Impossible à trancher d’ici.

Le niveau requis dépend du site et du club, et c’est au briefing de fixer la profondeur et le plan de repli. Côté mer Rouge, notre article sur les coraux de la mer Rouge face au réchauffement donne le contexte des récifs peu profonds. Et une colonie de corail noir ne se touche pas, même du bout du gant, pour les raisons détaillées dans notre page sur pourquoi il ne faut jamais toucher la vie marine.

Chercher ces colonies coûte une plongée dédiée et du temps de guide, sans garantie de les trouver.

FAQ

Le corail noir est-il vraiment noir ?

Seul son squelette l’est. Les tissus vivants peuvent être blancs, jaunes, orange, rouges, verts ou bruns selon l’espèce. Le noir apparaît une fois les tissus retirés et l’axe poli.

Quel âge peut atteindre un corail noir ?

Un Leiopathes prélevé au large d’Hawaï a été daté à environ 4 265 ans (Roark et al., PNAS, 2009). Sa croissance radiale se mesure en micromètres par an. D’autres espèces, moins profondes, poussent bien plus vite en hauteur.

Peut-on acheter un bijou en corail noir ?

Le commerce international reste possible sous permis, car tous les coraux noirs sont inscrits à l’Annexe II de la CITES depuis 1981. Demande les documents d’origine au vendeur. Avant de rapporter un bijou de voyage, vérifie auprès des douanes ce qui est exigé.

Où voir du corail noir sans plonger profond ?

Les fjords du Fiordland, en Nouvelle-Zélande, et certains tombants de mer Rouge abritent des colonies à faible profondeur. Leur présence sur un site donné n’est jamais garantie. Le guide local reste la meilleure source sur leur emplacement.

Le corail noir a-t-il besoin de lumière ?

La plupart des espèces n’en dépendent pas. Elles se nourrissent de plancton capturé par leurs polypes, ce qui leur permet de vivre dans l’obscurité, jusqu’à plusieurs milliers de mètres.

Sources

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