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Héracléion : la redécouverte d’une ville égyptienne engloutie

Par la rédaction Spotmydive · 2 novembre 2025

Héracléion : la redécouverte d’une ville égyptienne engloutie

En 2000, à 6,5 kilomètres de la côte égyptienne et par une dizaine de mètres de fond, l’équipe de Franck Goddio a retrouvé une ville que les historiens ne connaissaient que par des textes anciens. Son nom complet : Thonis-Héracléion. Elle dormait dans la baie d’Aboukir, à l’est d’Alexandrie.

Vingt-cinq ans plus tard, les fouilles continuent. Et les chiffres qui circulent en ligne sont souvent dépassés ou recopiés d’une page à l’autre (l’ancienne version de cet article n’y échappait pas). On a donc tout repris à partir des publications de l’Institut européen d’archéologie sous-marine (IEASM) et de la Fondation Hilti, qui finance le projet.

Une précision avant de rêver : on ne plonge pas à Héracléion en touriste. On y revient plus bas, avec une piste réaliste pour qui veut voir des ruines immergées, comme celles de notre top 7 des cités englouties.

Quand et comment Héracléion a-t-elle été découverte ?

Héracléion a été découverte en 2000 par l’Institut européen d’archéologie sous-marine, dirigé par Franck Goddio, dans la partie ouest de la baie d’Aboukir. Le site repose à environ 10 mètres de fond et à 6,5 kilomètres du rivage actuel, et les fouilles se font avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.

Stèle de Nectanébo Ier liée à Thonis-Héracléion, au Musée égyptien du Caire
Photo : Kristoferb, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Avant 2000, aucune trace de la ville n’avait été trouvée.

La zone prospectée est immense. L’IEASM décrit un secteur de 11 kilomètres sur 15, et Franck Goddio parle d’une zone marine d’environ 110 kilomètres carrés qu’il ne pourrait pas explorer sans le soutien de la Fondation Hilti. Une telle surface ne se fouille pas en une saison. Pourtant, le chantier avance. Selon la Fondation Hilti, seuls 5 % environ de la ville antique ont été redécouverts, sur une surface deux fois plus grande que Pompéi.

Bref, on parle d’un des plus grands chantiers d’archéologie sous-marine au monde, et il est loin d’être fini.

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Thonis et Héracléion, une seule ville : comment le sait-on ?

Thonis et Héracléion désignent la même ville. Les Égyptiens disaient Thonis, les Grecs Héracléion. La preuve décisive est une stèle commandée par le pharaon Nectanébo Ier, qui a régné de 380 à 362 avant notre ère, et dont le texte nomme le lieu où elle a été dressée : Thonis. On a longtemps cru à deux sites distincts.

Carte ancienne de la baie d'Aboukir et du Nil en 1798
Photo : Thomas Vivares, Wikimedia Commons, domaine public

La stèle fait à peine deux mètres de haut (rien à voir avec les « seize tonnes » qu’on lit parfois).

Son texte est presque identique à celui de la stèle de Naucratis, conservée au Musée égyptien du Caire. Ce décret prélève une taxe sur les marchandises venues de la « mer des Grecs », au profit du temple de la déesse Neith à Saïs. Ainsi, Thonis servait de porte d’entrée. D’après la Fondation Hilti, c’était le port d’arrivée obligatoire pour tous les navires venus du monde grec. On comprend mieux sa richesse. Hérodote, historien grec du Ve siècle avant notre ère, raconte déjà qu’un grand temple avait été bâti à l’endroit où le héros Héraclès aurait posé le pied pour la première fois en Égypte.

Ce Héraclès-là a laissé son nom à la ville, au milieu d’un panthéon où les dieux de la mer et du fleuve comptaient beaucoup.

Qu’a-t-on trouvé au fond de la baie d’Aboukir ?

Les fouilles ont livré des statues colossales en granit rouge, le grand temple d’Amon-Gereb, 125 épaves datées du VIe au IIe siècle avant notre ère et plus de 700 ancres antiques, selon l’IEASM. Ces chiffres dépassent largement ceux qu’on lit encore ailleurs.

Les statues frappent d’abord. Le dieu Hâpy, qui incarne la crue du Nil, mesure 5,4 mètres. Un roi et une reine ptolémaïques, hauts d’environ cinq mètres chacun, accueillent aujourd’hui les visiteurs dans le hall d’entrée du Grand Musée égyptien de Gizeh, d’après la Fondation Hilti en 2023. La reine pèse à elle seule quatre tonnes. Mais le plus parlant tient dans les petits objets.

En 2023, l’équipe a sorti du trésor du temple d’Amon des instruments rituels en argent, des bijoux en or et de fragiles vases d’albâtre pour les parfums, restés intacts malgré la violence de la catastrophe.

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À l’est du temple, un sanctuaire grec dédié à Aphrodite a livré des bronzes et des céramiques importés. Grecs et Égyptiens priaient à quelques pas les uns des autres. En 2021, les plongeurs ont mis au jour une galère rapide de l’époque ptolémaïque, datée du IIe siècle avant notre ère et qui dépasse 25 mètres de long. Elle a coulé sous les blocs du temple d’Amon. Elle reposait sous près de cinq mètres d’argile dure, et non « intacte à six mètres de fond » comme on l’a souvent écrit. Une zone funéraire grecque du début du IVe siècle avant notre ère est apparue la même année.

Pourquoi Héracléion a-t-elle disparu ?

Héracléion a sombré par étapes. Selon la Fondation Hilti, plusieurs séismes et raz-de-marée ont provoqué la liquéfaction du sol du delta du Nil, et la ville a fini entièrement engloutie au VIIIe siècle de notre ère. Avant la fondation d’Alexandrie, en 331 avant notre ère, c’était pourtant le plus grand port d’Égypte.

La liquéfaction se comprend vite. Un sol gorgé d’eau, secoué par un tremblement de terre, perd sa tenue et se comporte un moment comme un liquide. Les bâtiments lourds s’enfoncent. Or la ville était posée au ras de l’eau, sur les terres basses et instables du delta, avec un temple massif et des quais chargés de pierre qui pesaient de tout leur poids sur ce terrain. La galère de 2021 le montre bien, puisqu’elle a coulé quand des blocs du temple d’Amon se sont effondrés sur elle lors d’un séisme.

Le cataclysme n’a donc pas été un seul jour de fin du monde.

Cette lente agonie explique aussi la conservation des objets. Une fois recouverts d’argile et de sable, ils ont été protégés de l’air et des pillards pendant des siècles. C’est une chance pour les archéologues.

Peut-on plonger à Héracléion ?

Non. Héracléion est un site de fouilles, sans plongée touristique : seules les équipes de l’IEASM, qui travaillent avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, y descendent. Si une offre te promet le contraire, demande-lui par écrit quelle autorisation officielle elle détient pour ce site précis. Tu sauras vite à quoi t’en tenir.

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La vraie alternative commence au musée. Le roi et la reine ptolémaïques t’attendent dans le hall du Grand Musée égyptien, près du Caire. Côté plongée, Alexandrie reste la piste la plus proche. Des centres locaux proposent depuis des années des immersions autour de la citadelle de Qaitbay et du port Est, où reposent des blocs antiques, mais le seul article daté qu’on a trouvé remonte à 2017. L’état actuel de cette offre est donc impossible à trancher d’ici.

Avant de réserver, demande la profondeur, la visibilité du moment, l’encadrement et le plan prévu si la mer est formée.

Pour des ruines ouvertes au public, regarde plutôt vers l’Italie. La ville romaine engloutie de Baia se plonge avec des centres agréés. Et si l’Égypte reste ton objectif, nos vacances de plongée en Égypte détaillent la mer Rouge, bien plus simple à organiser. Le détour par Alexandrie te coûtera au moins une journée supplémentaire, pour une plongée qui peut être annulée.

FAQ

Quand la ville d’Héracléion a-t-elle été découverte ?

Elle a été découverte en 2000 par l’Institut européen d’archéologie sous-marine, dirigé par Franck Goddio, dans la baie d’Aboukir. Le site se trouve à environ 10 mètres de fond et à 6,5 kilomètres de la côte actuelle.

Pourquoi parle-t-on de Thonis-Héracléion ?

Parce que Thonis et Héracléion sont la même ville. Thonis était son nom égyptien, Héracléion son nom grec. Une stèle du pharaon Nectanébo Ier, retrouvée sur place, nomme le site Thonis.

Peut-on plonger sur le site d’Héracléion ?

Non, le site est réservé aux équipes de fouilles autorisées. Il n’existe pas de plongée touristique sur Héracléion. Pour voir des ruines immergées, il faut viser des sites ouverts au public, comme Baia en Italie.

Où voir les objets trouvés à Héracléion ?

Les statues colossales d’un roi et d’une reine ptolémaïques sont exposées dans le hall d’entrée du Grand Musée égyptien de Gizeh. D’autres pièces ont circulé dans de grandes expositions internationales. Renseigne-toi auprès des musées avant de partir.

Combien d’épaves ont été trouvées à Héracléion ?

L’IEASM recense 125 épaves datées du VIe au IIe siècle avant notre ère et plus de 700 ancres antiques. Les fouilles continuent, et ces chiffres peuvent encore évoluer.

Sources

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