Au deuxième trimestre 2021, le magazine Alert Diver du Divers Alert Network a publié un article de Richie Kohler sur les dangers des épaves. La règle qu’il y pose tient en une ligne : ne jamais entrer dans une épave sans une formation avancée, délivrée par un professionnel qualifié.
La raison est simple.
Une fois à l’intérieur, tu ne peux plus remonter tout droit vers la surface. On a repris l’ancienne version de cet article pour la vérifier ligne à ligne, et plusieurs affirmations ne tenaient pas, à commencer par le nombre de plongées du cursus. Voici ce qui reste quand on garde seulement ce qui se vérifie.
Qu’est-ce qui change sur une épave par rapport à une plongée classique ?
Sur une épave, le danger vient surtout de ce qui te sépare de la surface. Kohler cite le plafond au-dessus de ta tête dès que tu entres, la désorientation dans des coursives inclinées, les sédiments qui effacent la visibilité, les fils de pêche et les filets, la tôle rouillée qui coupe. Autour de l’épave, en restant dehors, une partie de ces risques baisse déjà.
Une coque posée sur le flanc trompe vite le sens de l’orientation.
Kohler explique qu’on peut changer de pont sans s’en rendre compte, ou se retourner dans un passage et ne plus savoir par où sortir. Les sédiments aggravent tout. Un coup de palme mal placé soulève une poussière fine qui reste en suspension longtemps, dans une eau qui circule peu. Même avec une bonne technique, une lampe peut tomber en panne. Et il rappelle un risque qu’on oublie souvent sur les épaves militaires : des munitions non explosées ou des produits chimiques encore présents dans la structure.
Cependant, une épave visitée par l’extérieur reste une plongée accessible à beaucoup de plongeurs encadrés, à condition que le site, la profondeur et le courant correspondent à leur niveau.
La photo du pont ne dit rien de tout ça.
Quel niveau faut-il pour suivre une formation plongée épave ?
Pour la spécialité PADI Wreck Diver, la page officielle du cours consultée le 3 octobre 2026 demande une certification Adventure Diver ou équivalente, un âge minimum de 15 ans et une bonne condition physique. D’autres organismes ont leurs propres conditions d’accès, à vérifier sur leur page officielle ou auprès du club.
L’ancienne version de cet article annonçait deux plongées encadrées.
La page PADI parle de quatre plongées avec un instructeur, réparties sur au moins deux jours, avec une partie théorique en ligne de deux à quatre heures. Pour quel niveau ? Le brevet t’ouvre la porte du cours. Mais il ne dit rien de ta flottabilité réelle, de ta consommation ou de ton calme quand la visibilité tombe d’un coup. Un plongeur qui stabilise encore sa position avec les mains va soulever du sédiment partout dans la coque, ce qui gêne tout le groupe et réduit la visibilité de chacun.
Si tu te sens vite oppressé dans un espace fermé, lis notre guide pour gérer le stress en plongée et mieux réagir avant de t’inscrire. Parle-en franchement à l’instructeur.
Que t’apprend une formation épave, et où s’arrête-t-elle ?
Selon PADI, la spécialité t’apprend à faire le relevé d’une épave, à utiliser lignes et dévidoirs et à éviter les problèmes courants. Le cœur du cursus, c’est la reconnaissance par l’extérieur et la préparation. La pénétration avancée relève de formations plus poussées, que Kohler juge indispensables avant d’entrer dans une épave.
Le relevé passe avant tout le reste.
Ainsi, une bonne partie de la formation se passe autour de l’épave, à dessiner un plan, à mesurer la coque, à noter les ouvertures et les zones fragiles avant même d’approcher une entrée. Le dévidoir donne un chemin de retour vers le point de départ, c’est l’outil que Kohler met en avant pour ne pas se perdre. Sans fil, pas de chemin fiable. Il recommande aussi une lampe principale puissante, des lampes de secours et un grand dévidoir principal pour toute incursion. La formation t’apprend enfin à reconnaître un risque d’emmêlement et à te dégager d’un fil avec un outil de coupe, sans paniquer. Ce geste se répète jusqu’à devenir automatique.
Ton sens de l’orientation compte aussi. Une formation à l’orientation en plongée t’aide à garder un cap autour d’une coque qui ne ressemble à rien vue de près.
Pour les épaves profondes, les mélanges gazeux et la décompression ouvrent un autre chapitre, que notre article sur la plongée au trimix et ses seuils détaille.
Comment gérer ton air et ta sortie sur une épave ?
Ta réserve d’air doit couvrir bien plus que la visite. Kohler demande assez de gaz pour que toute l’équipe sorte de l’épave, remonte, fasse son palier de sécurité ou ses paliers obligatoires, puis arrive en surface avec de l’air en trop. Pour une pénétration, il cite une source d’air de secours, bouteille relais ou bi-bouteille avec un long flexible.
Le calcul se fait avant de te mettre à l’eau, pas à mi-parcours.
Fixe avec ton instructeur la pression de demi-tour et la marge de sécurité, puis répète-les au briefing. Note-les sur ton ardoise. Garde un œil sur ton manomètre bien plus souvent qu’en pleine eau. Si l’épave est exposée au courant, le retour vers le bout de mouillage peut coûter beaucoup plus d’air que l’aller, et notre guide sur la plongée dérivante et la sécurité face au courant t’aide à anticiper ce coût. Pourtant, une épave calme ne dispense pas de cette marge.
Un signal clair pour annoncer le demi-tour, compris par tout le binôme, évite les hésitations au pire moment.
Bref, l’air de réserve est celui qu’on espère ne jamais respirer.
Que dit la loi si tu trouves un objet sur une épave en France ?
En France, toute personne qui découvre un bien culturel maritime doit le laisser en place, ne pas y porter atteinte et le déclarer dans les 48 heures à l’autorité administrative, selon le ministère de la Culture. Le service compétent est le DRASSM, et le texte de référence est l’article L532-3 du Code du patrimoine.
Le souvenir dans la poche n’a donc rien d’anodin.
La définition du ministère est large : gisement, épave, vestige ou tout bien présentant un intérêt préhistorique, archéologique ou historique. Or un plongeur ne sait pas toujours, au fond, ce qui relève du patrimoine. On ne s’aventure pas à trancher d’ici. Dans le doute, tu ne touches pas, tu notes la position et tu préviens le club. Hors de France, les règles changent selon le pays et certaines épaves sont protégées ou soumises à autorisation.
Renseigne-toi avant le départ, auprès du club ou de l’autorité locale.
Comment choisir ton club et ta première épave ?
Choisis un club qui commence par une épave peu profonde, dégagée et peu exposée au courant, avec une visite par l’extérieur. Demande la profondeur, le courant habituel, le ratio d’encadrement, le matériel prêté et la procédure si un plongeur perd le groupe. Une réponse vague est déjà une réponse.
Les côtes françaises en offrent beaucoup.
La Manche, par exemple, garde de nombreuses épaves, souvent soumises aux marées, et notre fiche sur la plongée à Saint-Malo et ses eaux historiques montre ce qu’un club publie sur ce sujet. Côté Méditerranée espagnole, notre guide de la baie de Calpe et ses épaves pose les mêmes questions. Mais une belle visibilité ne rend pas une épave plus sûre. Aucune brochure ne te promet un banc de poissons dans la coque, et la visibilité du jour ne dit rien du courant au fond ni de l’état de la structure. Juge au briefing.
Le coût réel tient en une ou deux plongées supplémentaires avant d’entrer quelque part, quelques heures à répéter le dévidoir en eau claire et parfois une sortie annulée quand la mer ou le courant ne collent pas au niveau du groupe.
FAQ
Quel âge faut-il pour la formation PADI Wreck Diver ?
La page officielle PADI, consultée le 3 octobre 2026, indique 15 ans minimum. Il faut aussi une certification Adventure Diver ou équivalente et une bonne condition physique. Les autres organismes fixent leurs propres conditions.
Combien de plongées compte la spécialité épave PADI ?
Quatre plongées avec un instructeur, réparties sur au moins deux jours, selon la page PADI. Une partie théorique en ligne de deux à quatre heures s’y ajoute. Les modalités pratiques dépendent du centre.
Peut-on entrer dans une épave après cette formation ?
Le DAN, dans un article de Richie Kohler publié en 2021, recommande de ne jamais entrer dans une épave sans formation avancée délivrée par un professionnel qualifié. Pour la pénétration, il cite une lampe principale, des lampes de secours, un dévidoir et une source d’air de secours. Vérifie avec ton instructeur ce que ton brevet autorise.
Que faire si je trouve un objet sur une épave en France ?
Laisse-le en place et ne le touche pas. Le ministère de la Culture impose de déclarer la découverte d’un bien culturel maritime dans les 48 heures, auprès du DRASSM. Note la position et préviens le club.
Sources
- Hazards in Wreck Diving (Richie Kohler, Divers Alert Network, Alert Diver, 2021)
- Découverte de bien culturel maritime (ministère de la Culture, consulté en 2026)



