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Quels sont les animaux marins qui vivent le plus longtemps ? Âges mesurés et âges estimés

Par la rédaction Spotmydive · 28 mars 2024

Quels sont les animaux marins qui vivent le plus longtemps ? Âges mesurés et âges estimés

5,02 mètres. C’est la longueur du plus grand requin du Groenland examiné par l’équipe de Julius Nielsen. Leur étude, parue dans Science en 2016, lui attribue 392 ans, à 120 ans près.

Ce genre de chiffre circule vite, souvent arrondi et privé de sa marge d’erreur. L’ancienne version de cette page annonçait une éponge de 11 000 ans à 300 mètres et un corail rouge de 500 ans à 800 mètres de fond. Le premier chiffre est une estimation discutée, sur un spécimen remonté de bien plus profond. Le second ne s’appuie sur aucune étude qu’on ait pu retrouver.

On reprend donc le classement en séparant deux choses que les listes mélangent : l’âge mesuré, compté sur une archive datée, et l’âge estimé, calculé à partir d’un modèle.

Quel est l’animal marin qui vit le plus longtemps ?

Si on s’en tient aux âges mesurés, le record revient à un corail noir du genre Leiopathes, daté à 4 265 ans par radiocarbone au large d’Hawaï par Brendan Roark et son équipe (PNAS, 2009). Chez les animaux solitaires, le titre va à une praire d’Islande surnommée Ming, avec 507 ans comptés sur sa coquille. Le requin du Groenland domine les vertébrés, sur une estimation.

Espèce Âge annoncé Méthode Statut Étude
Éponge Monorhaphis chuni environ 11 000 ans Modèle de croissance de la spicule Estimé, discuté Jochum et al., 2012
Corail noir Leiopathes sp. 4 265 ans Radiocarbone du squelette Mesuré Roark et al., PNAS, 2009
Praire Arctica islandica « Ming » 507 ans Stries annuelles de la coquille, recoupées Mesuré Butler et al., 2013
Requin du Groenland 392 ± 120 ans (272 à 512) Radiocarbone du cristallin et courbe de croissance Estimé Nielsen et al., Science, 2016
Baleine boréale environ 211 ans Racémisation de l’acide aspartique de l’œil Estimé George et al., 1999
Sébaste à œil épineux 205 ans Lecture des otolithes Estimé Cailliet et al., 2001
Tortue verte 70 ans ou plus Inconnue, estimation NOAA Estimé NOAA Fisheries

Les éponges siliceuses profondes vont plus loin sur le papier. Un spécimen de Monorhaphis chuni, remonté à plus de 1 000 mètres de fond en mer de Chine orientale, a été estimé à environ 11 000 ans par l’équipe de Klaus Peter Jochum en 2012. Ce chiffre sort d’un modèle de croissance de sa spicule géante. Personne n’a compté 11 000 cernes. Et d’autres spécimens de la même espèce, présentés par la revue Eos en 2018, s’étalent de 5 000 à 18 000 ans selon les individus.

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Le corail rouge de Méditerranée, lui, sort de la liste.

On n’a trouvé aucune publication qui lui donne 500 ans. Les colonies de corail noir, en revanche, ont leur fiche détaillée sur le corail noir et sa croissance très lente, avec des taux mesurés par Roark de 4 à 35 micromètres par an. D’autres records de lenteur sont réunis dans nos 10 choses à savoir sur les coraux.

Requin du Groenland : d’où vient le chiffre de 392 ans ?

Il vient de l’œil. Le noyau du cristallin se forme avant la naissance et ne se renouvelle plus, donc son carbone 14 garde la trace de l’année de naissance. En datant 28 femelles, Nielsen et ses collègues ont obtenu une durée de vie d’au moins 272 ans, et 392 ± 120 ans pour la plus grande.

Pourtant, 392 ans reste une estimation. Pour les requins les plus anciens, le radiocarbone seul ne suffit pas, alors l’équipe l’a combiné à une courbe qui relie la taille à l’âge, calée sur le pic de carbone 14 laissé par les essais nucléaires des années 1950 et 1960. Résultat : une fourchette de 272 à 512 ans pour la femelle de 5,02 mètres. Le centre de la fourchette a fait les gros titres, alors que la borne basse compte autant. Elle suffit déjà à placer l’espèce devant tous les autres vertébrés connus.

Autre chiffre de l’étude : la maturité sexuelle des femelles arriverait au plus tôt vers 156 ans, à 22 ans près.

Une espèce aussi lente encaisse mal la moindre mortalité ajoutée. Sa nage lente et sa vie dans le froid de l’Atlantique Nord lui valent aussi une place parmi les requins les plus étranges au monde.

Ming, la praire de 507 ans : pourquoi son âge est-il plus solide ?

Parce qu’on l’a compté. Arctica islandica dépose une strie de croissance par an sur sa coquille, comme un arbre ses cernes. L’équipe de Paul Butler, à l’université de Bangor, a recompté ces stries et les a recoupées avec d’autres coquilles et avec le radiocarbone, pour aboutir à 507 ans dans une étude publiée en 2013.

L’animal a été remonté vivant en 2006 sur le plateau nord islandais, avec environ 200 autres praires destinées à des recherches sur le climat. Il est mort à bord, congelé pour le transport comme le reste du lot. Pas d’accident, donc. Le premier comptage, en 2007, donnait 405 ans. Mais les stries du bord étaient si serrées qu’on ne pouvait plus les séparer, d’où l’écart d’un siècle corrigé ensuite.

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Né vers 1499, Ming avait une vingtaine d’années quand Magellan a quitté l’Espagne.

Butler et ses coauteurs le présentent comme l’animal non colonial le plus âgé dont l’âge au décès peut être déterminé avec précision. Bref, le chiffre le mieux établi de cette liste chez un animal solitaire.

Baleine boréale, sébaste, tortue : que valent les autres records ?

Ce sont des estimations, plus ou moins solides. La baleine boréale doit ses 211 ans à une analyse chimique de l’œil publiée en 1999. Le sébaste à œil épineux est crédité de 205 ans par lecture de ses otolithes. Pour la tortue verte, la NOAA reste prudente : durée de vie inconnue, estimée à 70 ans ou plus.

Pour la baleine, J. Craig George et ses collègues ont mesuré la racémisation de l’acide aspartique du cristallin, une lente transformation chimique qui avance avec les années. Un mâle est sorti à 211 ans. Trois autres dépassaient 100 ans. La base de données AnAge précise que ces records sont peut-être surestimés. Et des pointes de harpon anciennes, en pierre ou en métal, retrouvées dans des baleines chassées dans les années 1980 et 1990, vont dans le sens d’une très longue vie sans donner d’âge précis.

Le sébaste se date par les anneaux de ses otolithes, ces petites pierres calcaires de l’oreille interne.

Ainsi, les tortues marines ferment la marche des records chiffrés. Selon la NOAA, les femelles de tortue verte n’atteignent leur maturité qu’entre 25 et 35 ans. Un âge maximal fiable manque encore.

La méduse Turritopsis est-elle vraiment immortelle ?

Pas au sens courant du mot. Turritopsis dohrnii peut, sous l’effet d’un stress ou du vieillissement, retransformer sa méduse en polype puis repartir pour un nouveau cycle. Stefano Piraino et ses collègues ont décrit ce retour en arrière en laboratoire, dans une étude publiée en 1996 dans la revue Biological Bulletin. Aucun individu n’a pour autant d’âge connu.

Le mécanisme porte un nom. Transdifférenciation : des cellules spécialisées changent de fonction et reforment les tissus d’un polype, qui produit ensuite de nouvelles méduses. Or rien ne prouve que ce cycle se répète indéfiniment dans la nature, où une petite méduse de quelques millimètres sert surtout de proie à d’autres animaux du plancton. Le surnom de « méduse immortelle » promet plus que les études. Prudence, donc.

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Faute d’âge connu, elle n’apparaît pas dans le tableau.

Le cycle complet du groupe, de la larve au polype puis à la méduse, est expliqué dans notre dossier sur la méduse et son cycle de vie.

Pourquoi ces espèces vivent-elles si vieux, et qu’est-ce qui les menace ?

Presque toutes vivent dans une eau froide ou profonde et grandissent très lentement. On observe ce lien sans explication unique : le métabolisme ralenti par le froid est l’hypothèse la plus citée, mais elle colle mal à un corail colonial qui renouvelle sans cesse ses polypes.

Cependant, cette lenteur a un prix. Une colonie de Leiopathes qui grandit de quelques micromètres par an met des siècles à se reconstituer après un passage de chalut. L’étude de Roark range le chalutage profond et le commerce du corail parmi les menaces pour ces communautés. Même logique pour un requin qui se reproduit après 150 ans. Pour un plongeur loisir, la règle pratique reste simple : ne touche ni aux coraux ni aux éponges que tu croises, même s’ils semblent increvables, comme l’explique notre page sur pourquoi ne jamais toucher la vie marine.

Durer passe aussi par d’autres stratégies, décrites dans nos 10 mécanismes de défense extraordinaires chez les animaux marins.

Au fond, un record de longévité dit surtout combien de temps il faudra pour réparer une perte.

FAQ

Quel est l’animal marin qui vit le plus longtemps ?

Le record mesuré revient à un corail noir Leiopathes, daté à 4 265 ans par radiocarbone (Roark et al., PNAS, 2009). Des éponges Monorhaphis chuni sont estimées à environ 11 000 ans, mais par un modèle de croissance. Chez les animaux solitaires, la praire Ming a atteint 507 ans.

Combien de temps vit un requin du Groenland ?

Au moins 272 ans, d’après Nielsen et al. (Science, 2016). La plus grande femelle étudiée, longue de 5,02 mètres, a été estimée à 392 ans avec une marge de 120 ans, soit une fourchette de 272 à 512 ans.

La méduse immortelle peut-elle vivre éternellement ?

Turritopsis dohrnii peut revenir au stade polype et recommencer son cycle, ce qui a été décrit en laboratoire en 1996. Rien n’indique qu’un individu échappe aux prédateurs ou aux maladies. Aucun âge record ne lui est attribué.

Quel mammifère vit le plus longtemps ?

La baleine boréale. Un mâle a été estimé à 211 ans par racémisation de l’acide aspartique du cristallin (George et al., 1999). L’estimation est indirecte et peut-être surévaluée, mais plusieurs indices confirment des vies au-delà d’un siècle.

Sources

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