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Blobfish : pourquoi le poisson le plus moche du monde ne l’est qu’une fois remonté

Par la rédaction Spotmydive · 28 mars 2024

Blobfish : pourquoi le poisson le plus moche du monde ne l’est qu’une fois remonté

En septembre 2013, un poisson rose et affaissé, au nez mou et à la bouche tombante, a été élu animal le plus laid du monde. On l’appelait Mr Blobby. Il était mort depuis dix ans et baignait dans l’alcool, au fond des collections de l’Australian Museum à Sydney.

Ce poisson, c’est le blobfish, ou poisson-blob. Son visage de pâte molle a fait le tour du web, des mèmes aux peluches, jusqu’à devenir le symbole de la laideur animale. Pourtant, ce visage n’existe pas dans son milieu.

On se concentre ici sur lui seul, avec ce que les musées et les chercheurs en disent vraiment. Pour le palmarès complet, on a classé ailleurs les dix poissons les plus moches du monde, et l’uranoscope, autre candidat au titre de poisson le plus laid, a droit à son propre portrait.

Pourquoi le blobfish a-t-il été élu animal le plus laid du monde ?

Le blobfish a gagné en 2013 un vote en ligne organisé par la Ugly Animal Preservation Society, une association qui défend avec humour les espèces jugées peu photogéniques. La photo soumise au vote montrait un spécimen remonté d’au-delà de 1 000 mètres et déformé par la remontée. Le titre récompense donc une photo prise hors de son milieu.

L’association part d’un constat simple. Le panda attire l’attention, les dons et les campagnes, alors que des animaux moins mignons disparaissent sans que personne s’en émeuve. Elle a choisi de leur offrir une mascotte. Le blobfish a remporté le vote. La presse scientifique de l’époque, dont Science News le 26 septembre 2013, a vite rappelé que l’image trompait sur l’animal.

Bref, le jury a voté pour un cadavre décomprimé.

Mais la photo avait déjà une histoire. Le spécimen avait été capturé en juin 2003 lors de l’expédition scientifique NORFANZ, sur la ride de Norfolk au nord-ouest de la Nouvelle-Zélande, entre 1 013 et 1 340 mètres de fond, selon l’Australian Museum. L’équipage l’a surnommé Mr Blobby.

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Pourquoi le blobfish paraît-il si flasque une fois remonté ?

Parce que son corps est bâti pour la pression des grands fonds. Ses os sont mous et à peine ossifiés, sa peau est fine et lâche, et sa musculature reste réduite. En profondeur, la pression de l’eau maintient ce corps en forme, mais dès qu’un filet le remonte vers la surface, il perd ce soutien extérieur et s’affaisse sur lui-même comme une pâte molle.

La pression augmente d’environ une atmosphère tous les dix mètres. À 1 000 mètres, le poisson supporte donc une centaine de fois la pression de surface. Un squelette lourd et des muscles épais lui coûteraient de l’énergie dans un milieu où la nourriture est rare. Sa chair gélatineuse lui suffit. D’après l’organisateur du vote néo-zélandais dont on parle plus bas, cette densité de gelée lui permet de flotter juste au-dessus du fond sans nager.

Ainsi, la remontée détruit précisément ce qui donnait sa forme au poisson.

Le visage de Mr Blobby, avec ce nez qui pend et cette moue, est le résultat de cet affaissement, expliquait Science News en 2013. Puis l’alcool a fait le reste. Selon l’Australian Museum, la fixation au formol puis à l’éthanol à 70 % a resserré sa peau. Son fameux nez a rétréci. Son corps mise sur l’économie d’énergie, une stratégie bien plus discrète que celles de notre sélection de mécanismes de défense extraordinaires chez les animaux marins.

À quoi ressemble un blobfish vivant, entre 600 et 1 200 mètres ?

Vivant, dans son milieu, le blobfish ressemble à un poisson trapu, avec une grosse tête, de larges nageoires pectorales et une peau lisse. La pression lui garde des contours nets. Les images prises en profondeur montrent un animal posé ou flottant près du fond, très loin de la flaque rose des photos.

La fourchette de 600 à 1 200 mètres vient du communiqué du Mountains to Sea Conservation Trust. Lis-la comme un ordre de grandeur. La famille des Psychrolutidae, à laquelle il appartient, occupe des fonds de 100 à 2 800 mètres dans l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique, selon l’Australian Museum. Sa biologie reste mal connue. Des estomacs examinés contenaient des gastéropodes, ce qui laisse penser à un régime de petits invertébrés ramassés près du fond.

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On en sait donc très peu sur sa façon de se nourrir, et presque rien de solide sur sa croissance, sa reproduction ou sa durée de vie, que certains articles avancent sans source.

Cependant, une idée reçue tient bon. On imagine parfois le croiser lors d’une plongée profonde, au détour d’une paroi, comme on tombe sur une murène ou un poisson-scorpion. Aucune chance. À ces profondeurs, aucun plongeur loisir ne le verra, et les photos qui circulent viennent de chaluts, de robots ou de musées. Il partage ces grands fonds avec d’autres poissons étranges, comme la baudroie abyssale et sa vie de couple hors norme. Pour une silhouette étonnante à portée de palmes, le poisson-lune reste plus accessible aux plongeurs et aux randonneurs palmés, même si aucune rencontre n’est jamais garantie.

Où vit le blobfish et qu’est-ce qui le menace ?

Le blobfish Psychrolutes marcidus vit au large de l’Australie continentale, de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande, sur des fonds profonds. Sa principale menace connue est le chalutage de fond. Il finit souvent dans les filets destinés à l’hoplostète orange, un poisson des grands fonds pêché commercialement. Son statut de conservation reste inconnu.

Petite précision de nom. Le mot blobfish désigne en pratique plusieurs espèces du genre Psychrolutes. L’Australian Museum identifie Mr Blobby comme un Psychrolutes microporos, un proche cousin de P. marcidus, que la plupart des articles grand public confondent avec lui sans le signaler. Les deux se ressemblent beaucoup. Ça ne change rien à l’histoire de la décompression.

Et le réchauffement des océans pourrait compliquer les choses.

Les Psychrolutidae sont des poissons d’eau froide, qui vivent soit en haute latitude, soit en profondeur, et le spécialiste interrogé par l’Australian Museum s’attend à ce que la hausse des températures marines leur nuise. Il s’agit d’une prévision d’expert. Aucune mesure publiée sur l’espèce ne la confirme pour l’instant, donc impossible à trancher d’ici.

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Comment le blobfish est-il devenu poisson de l’année en Nouvelle-Zélande ?

En mars 2025, le blobfish a remporté le concours Fish of the Year organisé par le Mountains to Sea Conservation Trust, avec 1 286 voix, devant l’hoplostète orange, deuxième avec 1 009 voix. Au total, 5 583 Néo-Zélandais ont voté, contre 1 021 l’année précédente, une participation plus de cinq fois supérieure. Douze ans après 2013, le poisson change de statut.

Or la victoire doit beaucoup à une campagne radio. Les animateurs de More FM ont soutenu le poisson à l’antenne, en répétant qu’il avait été harcelé toute sa vie et qu’il méritait enfin son heure de gloire. Le trust y a vu une occasion de parler des grands fonds. Kim Jones, pour le trust, a résumé la finale en duel entre « oubliés des grands fonds ». Le duel final opposait d’ailleurs deux espèces liées par le même chalut de fond, celui qui vise l’hoplostète orange.

Une date fausse circule parfois : ce vote date de 2025.

Pour un poisson que presque personne ne verra vivant, le vote a eu un effet concret. Le chalutage de fond s’est retrouvé dans les journaux pendant quelques jours, à travers une mascotte que tout le monde reconnaissait déjà. À notre avis, c’est la meilleure revanche possible sur la photo de 2013.

FAQ

Quel est le poisson le plus moche du monde ?

Le blobfish a été élu animal le plus laid du monde en 2013 par la Ugly Animal Preservation Society. Ce titre repose sur la photo d’un spécimen remonté des grands fonds et déformé par la décompression. D’autres candidats existent, comme l’uranoscope.

Le blobfish est-il aussi moche vivant ?

Non. Dans son milieu, entre 600 et 1 200 mètres environ, la pression maintient la forme de son corps et il ressemble à un poisson trapu à grosse tête. C’est la remontée qui le fait s’affaisser.

Le blobfish est-il menacé ?

Son statut de conservation est inconnu. Il est souvent capturé par accident lors du chalutage de fond visant l’hoplostète orange, au large de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie.

Peut-on voir un blobfish en plongée ?

Non. Il vit bien au-delà des profondeurs de la plongée loisir. Les images qu’on en a viennent de chaluts, de robots ou de collections de musée.

Sources

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