En septembre 2019, le GIEC a publié un rapport spécial entièrement consacré à l’océan et à la cryosphère. On y lit que, depuis les années 1950, des espèces marines remontent vers les pôles d’environ 52 kilomètres par décennie près de la surface.
Ce chiffre ne se voit pas en une plongée. Il se lit sur des décennies.
Notre article sur le réchauffement des océans et ce que les plongeurs observent en premier traite déjà du blanchiment et des gorgones. Ici, on regarde le reste du tableau : les espèces qui se déplacent, l’eau qui s’acidifie, l’oxygène qui baisse et ce que tout cela change pour la faune que tu croises en palmant.
Pourquoi des espèces marines changent-elles de zone ?
Beaucoup d’espèces suivent la température qui leur convient. Quand l’eau se réchauffe, leur aire de répartition glisse vers les pôles ou vers le fond. Le GIEC chiffre ce glissement depuis les années 1950 à 52 kilomètres par décennie, à plus ou moins 33, pour les organismes des 200 premiers mètres, et à 29 kilomètres pour ceux qui vivent sur le fond.
L’ancienne version de cette page parlait de migrations de « 70 à 1000 km par décennie ». On n’a retrouvé ce chiffre dans aucune source sérieuse, et il dépasse de loin les fourchettes publiées par le GIEC, alors on l’a retiré sans regret pour garder les valeurs du rapport de 2019.
Ces moyennes cachent de grosses différences.
Pourtant, un plongeur aura vite envie de relier une rencontre inhabituelle au climat, par exemple une espèce méridionale aperçue sur un site breton en plein été. Le rapport parle de tendances mesurées sur des milliers d’observations et des dizaines d’années. Une seule rencontre peut venir d’un courant ponctuel, d’un hiver doux ou d’un transport par un navire. Ou du simple hasard. Impossible à trancher d’ici, d’où l’intérêt des signalements datés et localisés.
Que change l’acidification pour les coraux et les coquillages ?
L’océan absorbe une partie du CO2 que l’on rejette, et ce gaz rend l’eau plus acide. Selon la NOAA, le pH de surface a perdu environ 0,1 unité depuis la révolution industrielle. L’échelle étant logarithmique, cela représente une hausse d’acidité d’environ 30 %.
Le problème touche d’abord les animaux qui fabriquent du calcaire. Une eau plus acide contient moins d’ions carbonate disponibles, et les coraux, les huîtres ou les ptéropodes (de minuscules escargots nageurs, base de nombreuses chaînes alimentaires) ont plus de mal à construire et à entretenir leur coquille ou leur squelette. La NOAA décrit une expérience parlante. Des coquilles de ptéropodes placées dans une eau aux conditions projetées pour 2100 se sont lentement dissoutes en 45 jours. Le GIEC, lui, estime que l’océan a absorbé 20 à 30 % des émissions humaines de CO2 depuis les années 1980.
Ainsi, l’acidification reste invisible à l’œil nu.
Tu ne la remarqueras pas en plongée, contrairement à un corail blanchi. Elle agit en silence sur la croissance des récifs et des coquillages, et c’est justement ce qui la rend difficile à faire comprendre. On parle d’un stress qui s’ajoute à la chaleur et aux pressions locales.
L’océan perd-il vraiment de l’oxygène ?
Oui, et c’est mesuré. D’après le GIEC, les séries de données de 1970 à 2010 montrent que l’océan ouvert a perdu entre 0,5 et 3,3 % de son oxygène sur les 1000 premiers mètres. Une eau plus chaude dissout moins de gaz, et elle se mélange moins bien avec les couches profondes.
Pour la suite, le rapport projette une baisse de 3 à 4 % du contenu en oxygène de l’océan d’ici 2081-2100 dans le scénario à fortes émissions (RCP8.5), par rapport à 2006-2015. Le niveau de confiance attribué est moyen.
Ça paraît peu.
Mais pour un poisson, l’oxygène dissous fixe la limite de ce qu’il peut faire. Les espèces actives et les grands individus en demandent davantage, et une baisse même modeste peut réduire l’espace où elles vivent à l’aise. L’ancienne version de cet article évoquait une modification des cycles de reproduction et une réduction des populations sans citer d’étude. On a gardé l’idée générale du GIEC (des changements de composition, d’abondance et de production des espèces) et retiré les affirmations détaillées qu’on ne pouvait pas vérifier. Bref, la tendance est solide, les détails espèce par espèce demandent des études qu’on ne peut pas résumer en une ligne.
Que prévoit le GIEC pour les récifs coralliens ?
Le diagnostic est sévère. Le GIEC projette que presque tous les récifs coralliens d’eau chaude subiront d’importantes pertes de surface et des extinctions locales, même si le réchauffement est limité à 1,5 °C. Le rapport ajoute, avec une très forte confiance, que les récifs restants n’auront pas la même composition que ceux d’aujourd’hui.
Concrètement, un récif peut survivre en changeant de visage, avec moins d’espèces de coraux et une faune différente autour. Les causes se cumulent. La chaleur provoque le blanchiment du corail, l’acidification freine la construction du squelette, et les pressions locales comme la pollution ou la surpêche affaiblissent encore les colonies. L’ancienne page affirmait aussi que les récifs abritent « 30 % de la biodiversité marine » et citait un chiffre de blanchiment sur la Grande Barrière en 2016 sans source. On les a retirés, faute de pouvoir les rattacher à une publication précise.
Un autre récif, en somme.
Et la question des proliférations revient souvent dans les clubs. Les méduses en sont l’exemple le plus cité, et notre dossier sur les invasions de méduses détaille leurs causes possibles, qui ne se résument pas au climat.
Que deviennent la faune et la pêche d’ici 2100 ?
Le GIEC projette, d’ici la fin du siècle et dans le scénario à fortes émissions, une baisse de 15 % de la biomasse mondiale des animaux marins, à plus ou moins 6 points près, et un recul de 20,5 à 24,1 % du potentiel maximal de capture des pêcheries par rapport à 1986-2005.
Ces chiffres dépendent fortement des émissions. Le même paragraphe précise que ces changements seraient trois à quatre fois plus importants dans le scénario fort que dans le scénario bas (RCP2.6). Autrement dit, la trajectoire n’est pas écrite. Elle reste liée aux décisions prises hors de l’eau. L’ancien texte parlait de « nouvelles espèces exploitées » et de zones de pêche déplacées sans exemple daté, on a préféré s’en tenir aux projections chiffrées du rapport.
Cependant, la plongée n’est pas un poste d’observation neutre.
Tu peux noter ce que tu vois avec la date, le site, la profondeur et la température lue, puis le transmettre à un programme de suivi. Le rôle des plongeurs citoyens dans le suivi des océans commence par ce carnet bien tenu. Sur un site déjà fragilisé, les règles pour observer sans déranger comptent encore plus. Le coût reste modeste : cinq minutes de notes après chaque plongée et un peu plus de distance avec le récif.
FAQ
À quelle vitesse les espèces marines se déplacent-elles vers les pôles ?
Selon le rapport spécial du GIEC de 2019, le déplacement moyen depuis les années 1950 est d’environ 52 kilomètres par décennie pour les espèces des 200 premiers mètres. Il est d’environ 29 kilomètres par décennie pour les espèces du fond. Ce sont des moyennes avec de larges marges d’incertitude.
Peut-on voir l’acidification de l’océan en plongée ?
Non. Elle agit sur la chimie de l’eau et sur la capacité des coraux, des huîtres ou des ptéropodes à fabriquer leur calcaire. Selon la NOAA, le pH de surface a baissé d’environ 0,1 unité depuis la révolution industrielle, soit environ 30 % d’acidité en plus.
Combien d’oxygène l’océan a-t-il perdu ?
Le GIEC indique une perte de 0,5 à 3,3 % sur les 1000 premiers mètres de l’océan ouvert, d’après des données couvrant 1970 à 2010. Il projette une baisse de 3 à 4 % d’ici 2081-2100 dans le scénario à fortes émissions.
Une espèce inhabituelle sur mon site prouve-t-elle le dérèglement climatique ?
Pas à elle seule. Une observation isolée peut venir d’un courant ou d’une saison particulière. Les tendances se dégagent de milliers de relevés datés, d’où l’intérêt de noter et de transmettre tes observations.
Sources
- Summary for Policymakers, Special Report on the Ocean and Cryosphere in a Changing Climate (GIEC, 2019)
- Ocean acidification (NOAA, mise à jour 2026)



