En août 2025, à Genève, des délégations venues de tous les continents ont négocié pendant dix jours un traité mondial contre la pollution plastique. Elles sont reparties sans texte adopté. Au 3 octobre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement indique toujours qu’aucun traité n’a été conclu.
Pendant ce temps, les sacs, les lignes et les canettes restent au fond. Que peut faire un plongeur, concrètement, sans se raconter d’histoires ?
On a trié ici les gestes qui servent, ceux qui comptent peu et ceux qui demandent de la prudence.
D’où vient le plastique que tu croises en plongée ?
Il vient surtout de la terre : emballages, bouteilles, sacs et objets jetables emportés par le vent, les rivières ou les réseaux d’eaux pluviales. S’y ajoutent les engins de pêche perdus ou abandonnés, comme les filets, les lignes et les casiers, qui finissent accrochés aux roches et aux épaves. Les microplastiques, eux, échappent presque toujours à l’œil.
Le site choisi change beaucoup ce que tu vois.
Pourtant, la quantité de déchets visibles dit peu de l’état réel d’un site, parce qu’un port, une baie fermée ou une épave proche d’une zone de pêche accumulent les débris bien plus qu’un tombant balayé par le courant au large. Les filets fantômes sont l’exemple le plus visible. Ils continuent de piéger poissons et crustacés après leur perte. On n’a trouvé aucun chiffre fiable sur leur nombre en Méditerranée française, et on préfère ne pas en inventer un. Bref, le plastique qu’on voit n’est qu’une partie du problème.
Microplastiques : de quoi parle-t-on exactement ?
La NOAA appelle microplastique tout morceau de plastique de moins de cinq millimètres, à peu près la taille d’une gomme de crayon. Ils naissent de la fragmentation de déchets plus gros, des granulés industriels perdus pendant le transport et des microbilles ajoutées à certains produits de beauté.
Tu ne les ramasseras pas.
Ainsi, le geste utile se joue avant. Les microbilles de polyéthylène servaient d’exfoliant dans des gommages et des produits d’hygiène, et elles traversaient les stations de traitement des eaux avant de rejoindre la mer et les Grands Lacs, ce qui a conduit les États-Unis à les interdire dans les cosmétiques par une loi signée le 28 décembre 2015. La France et l’Union européenne ont depuis adopté leurs propres restrictions. Lis quand même la liste des ingrédients de ton gel douche. Les fibres synthétiques qui se détachent des vêtements au lavage posent une question proche, plus difficile à régler à l’échelle d’une personne.
Pour le reste, la recherche avance plus vite que les certitudes, et on se garde de te donner un nombre de particules par litre d’eau de mer, tant les résultats varient d’une étude à l’autre.
Que faire concrètement pendant une plongée ?
Ramasse seulement ce qui se détache sans effort, sans toucher le récif et sans perdre ta flottabilité. Un sac filet fermé, attaché au gilet, suffit. Ce qui est coincé, coupant, colonisé par la faune ou trop lourd reste en place : tu notes la position et tu préviens le club à la remontée.
Pour choisir le sac, regarde notre article sur le filet de plongée pour les collectes.
Cependant, une canette au fond d’un port sert parfois d’abri à un poulpe ou à une blennie. Retourne-la doucement. Si quelqu’un l’occupe, laisse-la où elle est. Les filets fantômes demandent encore plus de prudence, car un filet peut emmêler un détendeur, une palme ou une robinetterie, et son retrait suppose une équipe formée, des outils de coupe et une plongée planifiée pour ça. Ton rôle s’arrête au signalement. C’est frustrant, on le sait.
Même retenue pour un vieux pneu ou une bouteille sur lesquels a poussé du corail : arracher l’objet détruirait la colonie qui s’y est installée.
Et le déchet le plus facile à éviter reste celui que tu ne perds pas, alors attache ton octopus, ta lampe et ton ardoise.
Une plongée de nettoyage, comment ça se passe ?
Elle se prépare avec un club, qui fixe le site, la profondeur, la durée et le rôle de chaque binôme. Les déchets remontés sont ensuite triés et comptés, car ce comptage, transmis à un programme comme Dive Against Debris de la fondation PADI AWARE, lancé en 2011, sert ensuite aux chercheurs et aux gestionnaires.
Les étapes pour rejoindre une action près de chez toi sont dans notre guide des plongées de nettoyage et projets écologiques locaux.
Or une plongée de nettoyage reste une plongée. Le sac qui se remplit modifie ton équilibre, ta tête cherche des déchets au lieu de surveiller ton air, et ton binôme peut s’éloigner sans que tu le remarques pendant plusieurs minutes. Pour un plongeur récent, mieux vaut une zone peu profonde et un rôle simple. Porter le sac, par exemple. Les gants protègent des bords coupants, à condition que le site les autorise.
La science participative ne s’arrête pas aux déchets, et notre article sur le rôle des plongeurs citoyens présente d’autres programmes ouverts à tous les niveaux.
Quels gestes hors de l’eau pèsent vraiment ?
Ceux qui empêchent le plastique d’atteindre la mer. Moins d’emballages jetables sur le bateau et en voyage, une gourde à la place des bouteilles d’eau, et tes déchets rapportés chez toi quand l’île où tu plonges n’a pas de filière de collecte fiable. Ces gestes paraissent petits, mais ils agissent à la source.
Le matériel compte moins qu’on ne le dit.
Mais les étiquettes « recyclé » ou « biodégradable » se multiplient sur les combinaisons, les sacs et les gourdes. Beaucoup de plastiques dits biodégradables sont conçus pour un compostage industriel, et leur comportement dans l’eau de mer reste mal connu. Garder ton matériel longtemps et le faire réparer quand c’est possible pèse sans doute plus que le remplacer chaque saison par une version « verte ». C’est notre avis. Impossible à chiffrer d’ici. Choisir un club qui limite le jetable à bord et qui rappelle ses règles au briefing a aussi un effet, modeste mais réel.
Côté faune, les règles d’une plongée respectueuse de la vie marine complètent ces gestes.
Où en est le traité mondial sur le plastique ?
Il n’existe pas encore. Le 2 mars 2022, l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement a lancé la négociation d’un instrument juridiquement contraignant couvrant tout le cycle de vie du plastique. Plusieurs sessions plus tard, dont celle de Genève en août 2025, le PNUE ne signale aucun texte adopté.
L’ancienne version de cet article évoquait près de 200 pays signataires d’accords contre le plastique, ce qui ne correspond à rien de vérifiable.
Et en attendant, les règles viennent des États et des régions. Les États-Unis ont interdit les microbilles dans les cosmétiques en 2015, l’Union européenne a restreint plusieurs plastiques à usage unique, et chaque pays fixe ses réserves marines et ses règles de collecte. Pour un plongeur, ça change peu le geste du jour. Ça change le contexte. Un traité signé dans quelques années ne décrochera pas les filets déjà pris dans les épaves, et les sacs de collecte resteront utiles longtemps.
Le coût concret pour toi tient en peu de choses : un sac filet sur le gilet, quelques minutes de tri après la sortie et un peu d’attention prise sur ta plongée, à doser selon ton niveau.
FAQ
Peut-on ramasser n’importe quel déchet pendant une plongée ?
Non. Ramasse seulement ce qui se détache sans effort et sans toucher le récif. Un objet coincé, coupant, habité par un animal ou couvert de corail reste en place, et tu signales sa position au club.
Que faire si je vois un filet de pêche abandonné ?
Ne le retire pas seul, car il peut emmêler ton matériel. Note sa position, prends une photo si c’est possible sans risque et préviens le club ou les autorités locales.
Qu’est-ce qu’un microplastique ?
Selon la NOAA, c’est un morceau de plastique de moins de cinq millimètres. Il provient de la fragmentation de déchets plus gros, de granulés industriels ou de microbilles ajoutées à certains cosmétiques.
Le traité mondial sur le plastique est-il signé ?
Pas au 3 octobre 2026. La négociation a été lancée en mars 2022 et la session de Genève d’août 2025 s’est achevée sans texte adopté, selon le PNUE.
Sources
- What are microplastics? (NOAA National Ocean Service, mis à jour en 2026)
- Intergovernmental Negotiating Committee on Plastic Pollution (PNUE, consulté en 2026)



