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Impression 3D et récifs coralliens : ce que montrent vraiment les projets

Par la rédaction Spotmydive · 28 décembre 2023

Impression 3D et récifs coralliens : ce que montrent vraiment les projets

En juillet 2020, 128 tuiles de terre cuite imprimées par un bras robotisé ont été posées dans le parc marin de Hoi Ha Wan, à Hong Kong. Elles couvraient environ 40 m². Quatre ans plus tard, près de neuf coraux transplantés sur dix y étaient encore vivants, selon l’équipe qui les a conçues.

Ce résultat est réel. Il ne dit pas pour autant que les récifs seront « bientôt sauvés », comme le promettait la première version de cet article.

On a donc repris le sujet projet par projet, avec des dates, des matériaux et des résultats publiés. Et on a gardé la question qui fâche : que pèsent quelques centaines de mètres carrés face au blanchissement des coraux à l’échelle des océans ?

Quels récifs imprimés en 3D existent vraiment depuis 2012 ?

Les projets documentés restent peu nombreux et petits. Les plus cités sont des blocs de grès imprimés dans le golfe Persique en 2012, six récifs posés à Monaco en 2017, les modules MARS de Reef Design Lab aux Maldives en 2018 et les tuiles en terre cuite de l’université de Hong Kong en 2020, devenues ensuite l’offre de la start-up Archireef.

Projet Lieu et date de pose Matériau Ce qu’on sait des résultats
Blocs de James Gardiner et SOI Golfe Persique, 2012 Grès imprimé Aucun suivi chiffré retrouvé
Récifs du Larvotto Monaco, octobre 2017 Sable de dolomie et cendres volcaniques, 6 récifs de 2,5 t Suivi 2019-2022 (laboratoire ECOMERS) : colonisation comparable à la roche naturelle
MARS, Reef Design Lab Summer Island, Maldives, août 2018 Béton marin et céramique coulés dans des moules imprimés Aucun résultat chiffré publié retrouvé
Tuiles HKU, puis Archireef Hoi Ha Wan, Hong Kong, juillet 2020 Terre cuite cuite à 1 125 °C, 128 tuiles, environ 40 m² 88 à 91 % des coraux vivants après quatre ans (prépublication, 2025)

Un détail change la lecture.

Tout n’est pas imprimé directement. Aux Maldives, le béton marin et la céramique de MARS sont coulés dans des moules eux-mêmes imprimés en 3D, d’après la présentation du projet par l’hôtel Summer Island en août 2018. L’ancienne version de cet article parlait aussi d’acier et d’une pose à 7 mètres. On n’a trouvé aucune source datée pour ces deux points, on les retire. Pourtant l’idée de départ tient debout, puisque l’imprimante sert surtout à copier la complexité d’un récif naturel, avec ses trous et ses surplombs, là où un bloc de béton lisse offre peu de prise aux larves comme aux poissons.

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Que disent les résultats publiés à Hong Kong ?

C’est le seul projet de la liste suivi en détail sur quatre ans. Sur 378 fragments de coraux transplantés à Hoi Ha Wan, 88 % étaient vivants à la fin du suivi selon le corps de l’étude, et 91 % vivants et bien fixés selon son résumé. Les auteurs comptent aussi sept fois plus de poissons que sur le fond voisin non restauré.

Il faut lire ces chiffres avec leur statut.

L’étude de Vriko Yu, David Baker et leurs collègues a été mise en ligne sur bioRxiv en juin 2025. Elle n’avait pas de version publiée en revue quand on l’a consultée. Or Vriko Yu et David Baker ont aussi cofondé Archireef en septembre 2020, l’entreprise qui vend ces tuiles. Rien d’anormal là-dedans, la recherche appliquée fonctionne souvent ainsi. Mais un lecteur prudent note le lien, comme il note qu’en avril 2023 la même fondatrice annonçait 98 % de survie au site Eco-Business, un chiffre plus flatteur que celui de l’étude.

Les coraux n’ont pas tous grandi au même rythme. Les branchus du genre Acropora ont pris environ 0,35 cm par mois, contre 0,14 cm pour Platygyra, un corail cerveau à croissance lente (si tu veux revoir ces différences de forme, notre guide complet sur le corail les détaille). L’autre apport tient à l’ADN environnemental. En filtrant de l’eau, les chercheurs ont détecté 13,3 % de variants génétiques d’eucaryotes en plus que sur une communauté corallienne naturelle voisine, et 23,5 % au-dessus de la zone non restaurée. Ils reconnaissent eux-mêmes la limite d’un seul prélèvement, fait deux ans après la pose.

Monaco et les Maldives : qu’a-t-on appris après la pose ?

À Monaco, six récifs imprimés en sable de dolomie ont été immergés fin octobre 2017 dans l’aire marine protégée du Larvotto. Le suivi mené de 2019 à 2022 par le laboratoire ECOMERS de l’université Côte d’Azur conclut à une colonisation comparable à celle de la roche naturelle. Aux Maldives, on n’a trouvé aucun résultat chiffré publié pour MARS.

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Le cas monégasque mérite qu’on s’y arrête. Ces récifs n’ont pas été posés pour faire repousser des coraux tropicaux, il n’y en a pas au Larvotto. Leur but était de recréer des abris pour les poissons et les invertébrés en imitant la complexité d’un fond rocheux, selon l’annonce faite par Monaco et ses partenaires en 2017. Le suivi a même utilisé une caméra hyperspectrale, présentée par la Fondation Prince Albert II comme une première en Méditerranée. Ainsi le résultat est encourageant pour un habitat artificiel, sans rien dire du sort des récifs coralliens.

Aux Maldives, le silence est plus gênant.

Summer Island et Reef Design Lab annonçaient en août 2018 vouloir étudier comment les coraux s’acclimatent au béton marin et à la céramique, puis partager leurs observations. Huit ans plus tard, on n’en a pas retrouvé la trace chiffrée. Le suivi existe peut-être sans avoir été publié, impossible à trancher d’ici.

Pourquoi l’impression 3D ne sauvera pas les récifs seule ?

Parce que l’échelle ne suit pas et que la cause du déclin reste entière. Archireef annonçait en avril 2023 un peu plus de 300 m² posés entre Hong Kong et Abu Dhabi. Une revue systématique publiée en 2020 dans PLOS ONE trouve une surface médiane restaurée de 100 m² par projet, pour une survie moyenne des coraux de 66 %.

Pour te donner une idée, 300 m², c’est à peine plus qu’un court de tennis.

La même revue note que 60 % des projets publient moins de 18 mois de suivi, avec une durée médiane de 12 mois. C’est court pour un corail. Cependant le vrai frein se trouve ailleurs. Rien n’indique qu’une tuile bien dessinée protège un corail transplanté d’un épisode de blanchissement massif, puisque le support ne change rien à la température de l’eau qui l’entoure pendant une vague de chaleur marine. Dès 2018, le site Mongabay rappelait que l’impression 3D ne règle ni l’acidification ni le blanchissement. Elle sert surtout la recherche sur la restauration.

Bref, on la voit comme un outil local, utile là où le fond a été détruit et où l’eau reste vivable pour les coraux. Les pistes sur des coraux plus tolérants à la chaleur, comme ceux qui résistent mieux au réchauffement en mer Rouge, avancent en parallèle. Aucune ne remplace la baisse des émissions.

Comment lire une annonce de récif imprimé en 3D ?

Cherche quatre choses avant d’y croire : la date de pose, la surface réelle, la durée du suivi et le type de publication. Un communiqué d’entreprise, un article de presse et une étude relue par des pairs ne se valent pas. Si l’un des quatre manque, garde l’annonce au rang de piste.

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Prends le chiffre de survie. À Hong Kong, il passe de 98 % dans la presse en 2023 à 88 ou 91 % dans l’étude de 2025, selon qu’on compte les coraux vivants ou vivants et fixés. L’écart reste modeste. Il montre pourtant qu’un taux annoncé dépend de la façon de compter et de la date du comptage. Et regarde ce qui sert de comparaison, car un site restauré comparé à un fond de gravats nus partira toujours gagnant.

Pour un plongeur, la part utile reste modeste.

Sur un site restauré, ne touche ni les structures ni la vie marine, garde tes palmes loin du fond et choisis une protection solaire moins nocive pour les coraux. Ces gestes ne sauveront pas un récif non plus. Ils évitent juste d’abîmer sous l’eau, en quelques secondes, ce qu’une équipe a mis quatre ans à suivre.

FAQ

Le corail imprimé en 3D est-il un vrai corail ?

Non. L’imprimante fabrique un support en terre cuite, en béton ou en sable de dolomie. Les coraux vivants y sont ensuite fixés en boutures, ou des organismes s’y installent seuls avec le temps.

L’impression 3D peut-elle sauver les récifs coralliens ?

Pas à elle seule. Les projets suivis couvrent de quelques dizaines à quelques centaines de mètres carrés, et un support neuf ne fait pas baisser la température de l’eau. Elle aide à restaurer localement des fonds détruits et à tester des formes d’habitat.

Quels résultats a-t-on obtenus à Hong Kong ?

Sur 378 fragments suivis pendant quatre ans à Hoi Ha Wan, 88 à 91 % étaient vivants selon le mode de comptage. L’étude, mise en ligne en juin 2025 sur bioRxiv, est une prépublication signée en partie par les cofondateurs d’Archireef.

Peut-on plonger sur un récif imprimé en 3D ?

Les sites cités se trouvent dans des aires marines protégées, comme Hoi Ha Wan ou le Larvotto, où les règles d’accès dépendent du gestionnaire. Renseigne-toi auprès de lui ou d’un club local avant de prévoir une sortie, et ne touche pas les structures.

Sources

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