Magazine de plongée sous-marine

10 choses à savoir sur les méduses, des faits vérifiés et sourcés

Par la rédaction Spotmydive · 24 janvier 2024

10 choses à savoir sur les méduses, des faits vérifiés et sourcés

En septembre 2017, une équipe du California Institute of Technology a publié dans la revue Current Biology une étude sur Cassiopea, la méduse à l’envers. Sa conclusion tient en peu de mots. Un animal sans cerveau peut montrer un état proche du sommeil.

Ce genre de résultat daté manque souvent aux listes de « faits incroyables » qui circulent en ligne sur les méduses. On y lit qu’elles sont faites à 98 % d’eau ou qu’une espèce ne meurt jamais, sans aucune référence.

On a donc repris dix faits, un par un. Les deux sources sont la fiche du Smithsonian et l’étude de 2017. Pour la biologie générale de l’animal, son habitat et son alimentation, notre guide complet sur la méduse prend le relais.

De quoi est fait le corps d’une méduse ?

D’eau, surtout. La fiche du Smithsonian, relue par un spécialiste des cnidaires du muséum d’histoire naturelle de Washington, retient 95 % d’eau. Le reste forme une gelée, la mésoglée, prise entre deux fines couches de cellules. Pas de squelette non plus.

1. Une méduse contient environ 95 % d’eau

Le chiffre de 98 % circule partout, y compris dans l’ancienne version de cet article. La fiche du Smithsonian, mise à jour en mai 2023, donne 95 %. L’écart paraît mince. On le corrige quand même, parce qu’une liste de faits vaut ce que valent ses chiffres, et qu’un pourcentage recopié de site en site finit par passer pour une mesure alors que personne n’en connaît l’origine. Cette eau explique la transparence de beaucoup d’espèces.

Lire aussi :  Requin-baleine : taille, longévité, statut UICN et observation responsable

Elle explique aussi pourquoi une méduse échouée se ratatine si vite au soleil.

2. Pas de cerveau, mais un réseau de neurones

Une méduse n’a pas de cerveau au sens où on l’entend chez un poisson ou chez toi. Ses neurones forment un filet réparti dans le corps, que les biologistes appellent réseau nerveux. Mais ce filet suffit pour nager, attraper une proie et réagir au moindre contact avec un objet. Il suffit même pour alterner activité et repos.

Depuis quand les méduses existent-elles ?

Depuis au moins 500 millions d’années, selon le Smithsonian. Des fossiles de méduses datent du Cambrien, et les plus anciens ancêtres des méduses actuelles pourraient remonter à 700 millions d’années. Ce second chiffre reste une hypothèse haute, alors que le premier repose sur des fossiles datés.

3. Au moins 500 millions d’années d’histoire

L’ancien article donnait 700 millions d’années sans nuance.

On garde la fourchette du musée. Un corps fait presque entièrement d’eau se fossilise très mal, et les rares empreintes retrouvées dans la roche suffisent à placer les méduses dans les mers bien avant l’apparition des premiers dinosaures. Le reste relève de l’estimation.

4. Une vie en deux formes, polype puis méduse

Chez beaucoup d’espèces, la méduse qui nage n’est qu’une étape. Les larves, appelées planulas, se fixent sur un support dur et deviennent des polypes en forme de petite fleur. Plus tard, le polype se découpe en une pile de 10 à 15 disques, un processus nommé strobilation, et chaque disque se détache pour grandir jusqu’à la forme en ombrelle. Les biologistes appellent ces jeunes méduses des éphyrules. Ainsi, un seul polype peut produire plusieurs méduses.

Une méduse peut-elle rajeunir ou dormir ?

Dans une certaine mesure, oui aux deux. Turritopsis, une petite méduse de la classe des hydrozoaires, peut revenir au stade de polype après l’âge adulte. Cassiopea montre un état proche du sommeil, décrit en 2017. Aucun de ces deux faits ne rend une méduse immortelle ni ne lui prête un cerveau caché.

5. Turritopsis, la méduse dite immortelle

Le Smithsonian présente Turritopsis nutricula comme le seul animal connu capable de revenir au stade de polype après avoir atteint la forme adulte. Le mécanisme porte un nom, la transdifférenciation. Des cellules déjà spécialisées changent de fonction. (L’espèce étudiée en Méditerranée est aujourd’hui souvent appelée Turritopsis dohrnii, d’où la confusion des noms d’un site à l’autre.)

Lire aussi :  Blobfish : pourquoi le poisson le plus moche du monde ne l'est qu'une fois remonté

Pourtant, « immortelle » reste un raccourci.

Un individu peut toujours finir dans l’estomac d’un poisson ou mourir d’une infection.

6. Cassiopea dort sans cerveau

L’équipe de Caltech a suivi des Cassiopea en continu pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, dans des bassins de laboratoire. La nuit, leurs pulsations ralentissent, autour de 39 par minute contre 58 le jour, et elles réagissent plus lentement quand on les dérange. Privées de repos, elles se montrent moins actives le lendemain. C’est le signe d’un besoin de récupération. Ce sont les trois critères que les chercheurs retiennent pour parler de sommeil chez un animal, et on détaille tout le protocole expérimental dans notre article qui répond à la question les méduses dorment-elles.

Cette méduse posée à l’envers sur le fond a d’ailleurs droit à sa fiche sur l’espèce Cassiopea.

Quelles méduses sont vraiment dangereuses pour l’homme ?

Un petit nombre seulement. Le Smithsonian cite la cuboméduse Chironex fleckeri et la méduse Irukandji (Carukia barnesi), capables de provoquer des réactions graves et parfois mortelles. Les autres espèces n’atteignent pas ce niveau de danger. Elles piquent quand même parfois.

7. Le venin le plus puissant vient d’une cuboméduse

Chironex fleckeri, surnommée guêpe de mer, produit selon le Smithsonian l’un des venins les plus puissants connus. Le venin part de cellules urticantes, les cnidocytes, qui se déclenchent au contact. Le simple frôlement suffit. Une méduse échouée peut encore piquer tant que ses tentacules gardent ces cellules intactes, ce qui rejoint notre conseil de ne jamais toucher la vie marine, même morte en apparence. Ne la ramasse pas à mains nues.

Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin compétent en médecine de plongée.

Si tu te fais piquer, notre point sur les gestes qui soulagent une piqûre de méduse détaille la marche à suivre. Une douleur qui s’étend ou une gêne pour respirer relève des secours.

8. La plus grande méduse mesure environ 1,8 m de large

La méduse à crinière de lion, Cyanea capillata, détient le record de taille. Le Smithsonian lui donne une ombrelle de près de 1,8 m et des tentacules qui dépassent 15 m. Et l’ancien article parlait de 35 m. On n’a retrouvé aucune mesure publiée pour ce chiffre, donc on s’en tient à celui du musée, plus prudent et vérifiable, en attendant mieux.

Lire aussi :  Invasions de méduses : causes, débat scientifique et impacts réels

Pourquoi certaines méduses brillent-elles et d’autres pullulent-elles ?

Beaucoup de méduses et de cténaires produisent leur propre lumière, ce qu’on appelle la bioluminescence. Les proliférations, elles, tiennent au cycle de vie de l’animal et aux conditions du milieu, qui changent d’une côte à l’autre. Les deux phénomènes se voient depuis la plage ou le bateau. Leurs causes n’ont rien en commun.

9. Une protéine de méduse a valu un prix Nobel

Aequorea victoria, une méduse du Pacifique nord, émet une lumière bleue grâce à une protéine, l’aequorine. Une seconde protéine, la GFP, transforme ce bleu en vert. Isolée au début des années 1960, la GFP sert aujourd’hui de marqueur dans les laboratoires, au point que le prix Nobel de chimie 2008 a récompensé sa découverte et son développement. Bref, une méduse discrète a changé la façon d’observer une cellule au microscope.

10. Les proliférations gênent bien au-delà de la plage

Le Smithsonian rappelle qu’une explosion du nombre de méduses peut perturber la pêche et boucher les prises d’eau des centrales qui se refroidissent à l’eau de mer.

Cependant, les causes varient d’une région à l’autre. L’ancien article accusait la pollution en bloc, sans source. On a retiré cette affirmation. Les pistes étudiées par les chercheurs sont détaillées dans notre dossier sur les invasions de méduses et leurs causes. Avant une baignade ou une plongée sur une côte touchée, le plus simple reste de te renseigner auprès du poste de secours ou du club le jour même. Une prévision de la veille ne dit rien de ce que le vent a poussé vers le rivage pendant la nuit.

FAQ

Les méduses ont-elles un cerveau ?

Non. Elles possèdent un réseau de neurones réparti dans le corps. Ce réseau leur suffit pour nager, chasser et même alterner activité et repos, comme l’a montré l’étude de 2017 sur Cassiopea.

La méduse immortelle existe-t-elle vraiment ?

Turritopsis peut revenir au stade de polype après l’âge adulte, ce qui lui a valu ce surnom. Elle reste vulnérable aux prédateurs et aux maladies. Le mot « immortelle » est donc un raccourci.

Une méduse et un cténaire, est-ce la même chose ?

Non. Les cténaires portent huit rangées de cils soudés en peignes et leurs tentacules ne piquent pas. Le Smithsonian compte 100 à 150 espèces de cténaires décrites, contre moins de 4 000 espèces de méduses.

Une méduse échouée sur la plage peut-elle encore piquer ?

Oui, tant que ses cellules urticantes restent intactes. Ne la touche pas à mains nues et garde un œil sur les enfants qui jouent au bord de l’eau.

Sources

Photo : Olivier Dugornay (IFREMER, Pôle Images, Centre Bretagne – ZI de la Pointe du Diable – CS 10070 – 29280 Plouzané, France), Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Suivez Spotmydive

La lettre Spotmydive

Les nouveaux guides de plongée dans votre boîte mail.

S'inscrire

Laisser un commentaire