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Les coraux de la mer Rouge résistent-ils au changement climatique ?

Par la rédaction Spotmydive · 18 janvier 2024

Les coraux de la mer Rouge résistent-ils au changement climatique ?

Été 2024, golfe d’Aqaba. L’eau de surface monte à 32,6 °C, soit 3,4 °C au-dessus de la normale, pendant une canicule marine qui dure 113 jours. C’est le stress thermique le plus élevé mesuré sur la planète cette année-là, selon l’équipe de Maoz Fine à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Ailleurs, un tel épisode aurait tué une bonne partie du récif. Là, la plupart des colonies suivies ont tenu.

On a repris cet article parce que l’ancienne version parlait des coraux de la mer Rouge comme d’un bloc invincible. Les données de 2023 à 2026 racontent une histoire plus découpée. Le nord tient, le centre et le sud ont souffert, et même le refuge montre ses premières fissures.

D’où vient l’idée que les coraux de la mer Rouge résistent à la chaleur ?

Elle vient d’une étude de 2013 signée Maoz Fine, Hezi Gildor et Amatzia Genin dans Global Change Biology. Les auteurs y décrivent le golfe d’Aqaba, tout au nord de la mer Rouge, comme un refuge possible pour les coraux face au réchauffement, avec un seuil de blanchissement exceptionnellement haut.

Leur explication tient à la géographie. Les larves de corail sont entrées dans la mer Rouge par le détroit de Bab el-Mandeb, au sud, où l’eau est chaude. Seuls les génotypes capables de supporter cette chaleur auraient franchi ce filtre, au fil des millénaires. Le nord, plus frais, leur laisse donc une marge thermique confortable. Leur seuil de tolérance dépasse de loin les températures estivales qu’ils subissent d’habitude. D’où ce mot de refuge.

Et l’étude allait loin dans la projection.

Elle estimait que ce décalage pourrait retarder le blanchissement dans le golfe d’au moins un siècle. On parle d’une hypothèse, construite sur des expériences en aquarium et une modélisation océanographique. Rien de garanti.

Qu’ont montré les canicules marines de 2021 à 2024 dans le golfe d’Aqaba ?

Elles ont confirmé l’hypothèse dans les grandes lignes, avec une réserve. Na’ama-Rose Kochman et Maoz Fine ont suivi plusieurs espèces pendant quatre étés de canicule consécutifs, de 2021 à 2024. Leur étude est parue en 2025 dans Science of the Total Environment. Elle montre que la plupart des coraux sont restés sans blanchissement massif.

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Les deux espèces au centre du suivi sont Stylophora pistillata et Pocillopora damicornis, deux coraux branchus. L’équipe a aussi suivi des Seriatopora, des Porites et des Cyphastrea. Les Porites sont restés stables sur le plan métabolique. Les Cyphastrea, plus sensibles, ont perdu environ 55 % de leurs algues symbiotiques au pic de chaleur de l’été 2024, avant de récupérer en janvier 2025, d’après le suivi publié.

Mais les auteurs écrivent aussi que des blanchissements apparaissent désormais dans les eaux peu profondes, signe que ce refuge pourrait approcher de sa limite.

Le reportage de Mongabay publié en avril 2025 donne un ordre de grandeur côté israélien. Environ 5 % des coraux de la zone suivie ont blanchi à l’été 2024, et la plupart ont repris des couleurs pendant les mois plus frais. Peu, donc. Sauf que c’était la première fois que ces coraux réputés à toute épreuve blanchissaient de façon documentée. Maoz Fine y résume la situation d’une phrase : des conditions pareilles auraient causé la mort totale de n’importe quel autre récif.

Le reste de la mer Rouge a-t-il blanchi en 2023 et 2024 ?

Oui, et parfois lourdement. La mer Rouge s’étire sur plus de 2 000 km, et la tolérance mesurée dans le golfe d’Aqaba ne vaut pas pour toute sa longueur. Le centre et le sud, plus chauds, ont souffert dès 2023.

Côté égyptien, l’ONG HEPCA a suivi le blanchissement de l’été 2023 à partir de juin, après une alerte de la NOAA. Son rapport, diffusé par l’ICRI en 2024, décrit un gradient net. Peu d’impact au nord de Quseir, et une intensité qui grimpe vers le sud, avec les taux les plus élevés autour de Wadi El-Gimal et de la baie de Lahmi, au sud de Marsa Alam. Environ 45 jours plus tard, près de 72 % des colonies blanchies montraient des signes de récupération. Le reste, soit un peu moins de 28 %, était mort.

Pourtant le pire est venu un an après, plus au sud.

Près de Thuwal, en Arabie saoudite, l’équipe de Natalie Dunn et Francesca Benzoni a suivi une série de récifs du centre de la mer Rouge en 2024. L’article, paru dans Climate Change Ecology (volume de novembre 2026), compte 88 % de la couverture corallienne touchée par le blanchissement. Entre août 2024 et janvier-février 2025, la couverture de corail vivant est passée d’environ 20 % à 7 %.

Zone Période Ce qui a été observé Source
Golfe d’Aqaba (côté israélien) Étés 2021 à 2024 Pas de blanchissement massif, pic à 32,6 °C en 2024, blanchissement ponctuel en eau peu profonde Kochman et Fine, 2025
Côte égyptienne, au sud de Quseir Été 2023 Blanchissement croissant vers le sud, environ 72 % des colonies blanchies en récupération 45 jours après HEPCA, rapport diffusé par l’ICRI, 2024
Mer Rouge centrale, Thuwal 2024 à début 2025 88 % de la couverture touchée, corail vivant passé de 20 % à 7 % Dunn, Benzoni et al., 2026
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Ainsi les mêmes espèces branchues qui tiennent à Eilat ont presque disparu à Thuwal. Les Pocillopora y perdent 98 % de leur couverture, et les Acropora disparaissent des récifs suivis. Les Porites massifs s’en sortent mieux, avec une baisse de 30 %. Le genre compte moins que la latitude et l’histoire thermique de la population.

Pourquoi parler de refuge plutôt que de résistance ?

Parce que la tolérance de ces coraux est une marge, et qu’une marge se consomme. Les coraux du golfe d’Aqaba supportent des températures qui feraient blanchir d’autres populations. Mais chaque été plus chaud réduit l’écart entre ce qu’ils endurent et ce qu’ils peuvent encaisser, et les auteurs de 2025 voient déjà cet écart se resserrer.

L’ancienne version de cet article avançait des chiffres qu’on n’a pas retrouvés dans la littérature, comme une tolérance à 5 °C au-dessus de la moyenne ou 8 000 types de bactéries protectrices. On les a retirés. Elle présentait aussi ces coraux comme une banque de gènes prête à repeupler la Grande Barrière. Or aucune des études citées ici ne le démontre. Le corail de la Grande Barrière vit dans d’autres conditions de lumière, de salinité et de courants, et le sujet reste discuté (pour le contexte australien, on renvoie à notre article sur la Grande Barrière de corail en Australie).

Le climat n’est pas la seule pression.

Dans le reportage de Mongabay, Assaf Zvuloni, de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, insiste sur la réduction des pollutions locales. Un récif déjà affaibli par d’autres pressions locales aura moins de réserve quand la chaleur arrive. Cependant le golfe est partagé par quatre pays, Égypte, Israël, Jordanie et Arabie saoudite. Une gestion coordonnée reste donc la condition oubliée de toute cette histoire de refuge. Pour comprendre ce qui se passe dans le tissu du corail quand il blanchit, notre article sur le blanchissement du corail détaille le mécanisme.

Ce que ça change si tu plonges en mer Rouge

Ça change surtout ta lecture des promesses. Un récif décrit comme « résistant » dans une brochure peut avoir blanchi l’été précédent, selon sa latitude. Le nord du golfe d’Aqaba et le sud égyptien n’ont pas vécu les mêmes étés, et aucune page d’opérateur ne te dira l’état d’un récif précis à une date précise.

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On a un avis tranché là-dessus. Une photo de corail éclatant ne date rien, et elle ne dit pas non plus si le site a été touché en 2023 ou en 2024. Si l’état du récif compte pour toi, pose la question au centre avant de réserver, et demande des observations datées. Impossible à trancher d’ici pour un site donné. Notre page sur les vacances de plongée en Égypte peut t’aider à situer les grandes zones.

Bref, un corail résistant reste un corail fragile au contact.

Et sur place, les gestes ne changent pas avec la latitude. Garde tes palmes et tes mains à distance, stabilise-toi avant de t’approcher, et évite de te poser sur le fond. Les raisons sont détaillées dans notre article sur pourquoi ne jamais toucher la vie marine. Côté crème solaire, le débat scientifique est plus nuancé qu’on ne le lit souvent, et on l’a résumé dans notre point sur la crème solaire et les fonds marins. Le coût pour toi reste modeste : un peu de flottabilité travaillée et quelques minutes de questions avant de payer.

FAQ

Les coraux de la mer Rouge résistent-ils vraiment au réchauffement ?

Ceux du golfe d’Aqaba, au nord, ont une tolérance à la chaleur nettement plus haute que la moyenne, d’après Fine et al. (2013) et Kochman et Fine (2025). Ceux du centre et du sud ont subi des blanchissements sévères en 2023 et 2024. On ne peut donc pas parler de toute la mer Rouge d’un seul bloc.

Les coraux du golfe d’Aqaba ont-ils déjà blanchi ?

Oui, ponctuellement. À l’été 2024, environ 5 % des coraux suivis côté israélien ont blanchi selon Mongabay, et la plupart ont récupéré. Kochman et Fine signalent en 2025 des blanchissements en eau peu profonde et estiment que le refuge pourrait approcher de sa limite.

Ces coraux pourraient-ils sauver la Grande Barrière ?

Aucune des études citées ici ne le montre. Les conditions de lumière, de salinité et de courant diffèrent fortement d’un océan à l’autre. Le sujet reste ouvert dans la recherche.

Plonger en mer Rouge abîme-t-il ces coraux ?

Le contact direct avec les palmes, les mains ou le matériel abîme les tissus du corail, quelle que soit sa tolérance à la chaleur. Une bonne flottabilité et une distance constante réduisent ce risque. Le climat reste la menace principale, mais un récif moins stressé localement garde plus de réserve.

Sources

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