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Monstres marins mythologiques : du Kraken au Léviathan, les animaux réels derrière les légendes

Par la rédaction Spotmydive · 1 mars 2024

Monstres marins mythologiques : du Kraken au Léviathan, les animaux réels derrière les légendes

Treize mètres. D’après le Smithsonian, c’est à peu près la longueur du plus grand calmar géant jamais mesuré, tentacules compris, pour un animal qui pesait peut-être près d’une tonne.

Avec de tels chiffres, on comprend mieux les histoires de kraken racontées par les marins du Nord. Certains monstres des mythes collent à un animal réel. D’autres relèvent du récit religieux ou du canular, comme la photo la plus célèbre du Loch Ness.

On reprend ici le Kraken, le serpent de mer, Charybde et Scylla, le Léviathan et Nessie, en séparant ce que disent les textes anciens de ce que la biologie documente. Les dieux ont leur propre page : les dieux de la mer des grandes civilisations et le top 10 des divinités marines grecques.

Le Kraken a-t-il vraiment existé ?

Kraken

Pas sous la forme d’une île vivante qui coule les navires. Mais le mythe a un candidat sérieux, le calmar géant Architeuthis dux. Le Smithsonian lui attribue un record proche de 13 mètres de long, des yeux d’environ 30 centimètres de diamètre (les plus grands du règne animal) et une vie entre 500 et 1 000 mètres de profondeur.

Le kraken entre dans les livres avec un évêque. En 1752-1753, Erik Pontoppidan, évêque de Bergen, le décrit dans son histoire naturelle de la Norvège comme une bête si vaste qu’on la prenait pour des îles. Le texte mêle récits de pêcheurs et ouï-dire. Difficile de faire mieux à l’époque.

Pendant plus d’un siècle, l’animal réel n’a été connu que par des carcasses échouées et par des restes retrouvés dans l’estomac des cachalots, dont la peau porte parfois les cicatrices laissées par les ventouses du calmar.

Les images de l’animal vivant sont récentes. Selon le Smithsonian, un spécimen d’environ 7 mètres a été remonté vivant au large des îles Ogasawara en 2006. Six ans plus tard, une équipe japonaise a filmé un calmar géant dans son milieu naturel, attiré par un leurre lumineux qui imitait une méduse. Aucun ne s’en est pris à un bateau. Le kraken qui broie les coques reste donc une exagération de marin, bâtie sur une bête qui existe.

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Au passage, le monstre qui menace Andromède dans le mythe de Persée s’appelle Céto, et il n’a rien à voir avec le kraken scandinave.

Le serpent de mer vient-il du régalec ?

C’est l’explication la plus souvent avancée, et elle tient la route. Le régalec (Regalecus glesne) est le plus long poisson osseux connu selon l’Australian Museum, avec des spécimens mesurés de façon fiable à 8 mètres. Son corps en ruban argenté et ses nageoires rouges ressemblent beaucoup aux serpents de mer des gravures anciennes.

Le même musée signale des longueurs annoncées jusqu’à 17 mètres. Rien ne les confirme. D’autres bêtes des profondeurs au profil improbable, comme certains requins parmi les plus étranges du monde, nourrissent le même imaginaire.

Le régalec vivrait d’ordinaire entre 20 et 200 mètres de profondeur, dans les eaux tropicales et tempérées du monde entier. On le voit rarement vivant. La plupart des observations concernent des individus échoués sur une plage ou affaiblis près de la surface. Un équipage qui croisait un tel animal mourant, ondulant sur plusieurs mètres le long de la coque, avait de quoi raconter une longue histoire au port pendant des années. L’Australian Museum relie d’ailleurs ces apparitions aux légendes de serpents de mer.

Pourtant, un régalec ne mord personne, puisqu’il se nourrit d’invertébrés et de petits poissons.

Les serpents qui enlacent les navires sur la Carta marina d’Olaus Magnus (1539) doivent donc beaucoup à l’imagination des cartographes. L’animal, lui, est inoffensif.

Charybde et Scylla, que cache le détroit de Messine ?

Charybde et Scylla

Dans le chant XII de l’Odyssée, Charybde engloutit la mer trois fois par jour puis la recrache, tandis que Scylla, monstre à six têtes, arrache des marins sur le pont du navire d’Ulysse. La tradition antique a placé ce passage dans le détroit de Messine, entre la Sicile et la Calabre.

Les courants de marée du détroit et ses tourbillons sont l’explication rationnelle la plus citée. Elle reste une hypothèse. Or Homère ne donne aucune carte, et l’identification à Messine vient d’auteurs plus tardifs qui cherchaient à situer chaque étape du voyage d’Ulysse sur la Méditerranée qu’ils connaissaient.

L’origine de Scylla varie selon les versions. Chez Ovide, dans les Métamorphoses, c’est une nymphe aimée du dieu marin Glaucos, que la magicienne Circé, jalouse, change en monstre. Charybde est souvent présentée comme une fille de Poséidon punie par Zeus. L’expression « tomber de Charybde en Scylla » est restée pour dire qu’on évite un danger pour tomber dans un pire. Elle colle au récit, puisqu’Ulysse choisit de longer Scylla et de perdre six hommes plutôt que de risquer tout le navire dans le gouffre.

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Les Sirènes du même chant ont d’abord été imaginées en femmes-oiseaux, et leur queue de poisson n’apparaît qu’au Moyen Âge, ce qui en fait une créature marine bien plus récente qu’on ne le croit.

Les Sirènes

D’où viennent le Léviathan et Jörmungand ?

Léviathan et Jormungand

Le Léviathan vient de la Bible hébraïque. Il apparaît dans le livre de Job, dans les Psaumes et chez Isaïe, qui le décrit comme un « serpent fuyard » et « tortueux » que Dieu frappera. Les textes d’Ougarit, dans l’actuelle Syrie, mentionnent un monstre proche, Lotan, vaincu par le dieu Baal.

La version qui circule en ligne, celle d’un démon phénicien de 75 mètres gardant l’entrée des Enfers, ne repose sur aucun texte identifiable. On l’a retirée. Le Léviathan biblique n’a pas de mensurations. Certains lecteurs reconnaissent un crocodile dans la description de Job, d’autres une baleine ou un pur monstre du chaos. Impossible à trancher d’ici.

Cependant, le serpent nordique suit une autre logique, puisque selon l’Edda en prose de Snorri Sturluson, Odin jette cet enfant de Loki dans l’océan, où il grandit au point d’entourer la terre et de mordre sa propre queue.

Il affronte Thor au Ragnarök. Les deux y laissent la vie. Aucun animal réel n’est rattaché de façon sérieuse à ces deux serpents, et notre article sur Jörmungand, le serpent de mer du monde viking détaille le récit.

Le monstre du Loch Ness a-t-il une base réelle ?

Loch Ness

Aucune preuve biologique ne soutient l’existence de Nessie. La légende s’appuie sur un épisode de la Vie de saint Colomba, écrite par l’abbé Adomnán à la fin du VIIe siècle, où le moine chasse une bête de la rivière Ness. Elle repose surtout sur une photo de 1934, reconnue depuis comme truquée.

Cette « photo du chirurgien », attribuée au médecin londonien Robert Kenneth Wilson, a paru dans le Daily Mail en avril 1934. Peu avant sa mort, Christian Spurling a reconnu qu’il s’agissait d’une maquette montée sur un sous-marin jouet, et son aveu a été rendu public en 1994. L’ancienne version de cet article datait la photo de 1933 et attribuait l’aveu au beau-frère de Wilson. Deux erreurs. Spurling était en fait le beau-fils de Marmaduke Wetherell, l’homme qui avait monté le coup.

Ainsi, l’épisode d’Adomnán se passe dans la rivière et non dans le lac.

En 2019, une équipe de l’université d’Otago a présenté une analyse de l’ADN environnemental prélevé dans le lac, sans trouver la moindre trace de reptile mais avec beaucoup d’ADN d’anguille. Le monstre-anguille géant reste une hypothèse sans spécimen.

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Quel animal réel se cache derrière chaque monstre marin ?

Le tableau ci-dessous résume le niveau de preuve pour chaque créature. Seuls le kraken et le serpent de mer ont un candidat biologique solide, le calmar géant et le régalec. Les autres relèvent du récit religieux, de la géographie ou du canular, et on trouve ça très bien ainsi.

Créature Texte ancien Animal ou phénomène réel proposé Niveau de preuve
Kraken Pontoppidan, 1752-1753 Calmar géant (Architeuthis dux) Animal documenté, naufrages non
Serpent de mer Récits de marins, Olaus Magnus (1539) Régalec (Regalecus glesne) Plausible
Charybde et Scylla Odyssée, chant XII Courants et tourbillons du détroit de Messine Hypothèse
Léviathan Job, Psaumes, Isaïe Crocodile ou baleine selon les lecteurs Impossible à trancher
Jörmungand Edda de Snorri (XIIIe siècle) Aucun Récit mythologique
Nessie Adomnán (VIIe siècle), photo de 1934 Anguilles (hypothèse) Photo truquée, aucun spécimen

Cthulhu n’a jamais prétendu être ancien. Lovecraft l’invente dans « L’Appel de Cthulhu », paru en 1928 dans la revue Weird Tales, et le fait dormir dans la cité engloutie de R’lyeh, au fond du Pacifique. L’exil depuis un système nommé Xoth, que mentionnait l’ancienne version, vient des continuateurs de Lovecraft et pas de la nouvelle d’origine. On l’a retiré. Bref, c’est le seul monstre de cette page dont on connaît l’auteur, et notre article sur R’lyeh et l’univers de Lovecraft va plus loin.

Cthulhu

Devant le prochain récit de monstre marin, demande-toi quel texte l’a raconté en premier et quel spécimen l’appuie.

Et sans réponse à la seconde question, tu lis une légende. C’est déjà beaucoup.

FAQ

Le kraken est-il un vrai animal ?

Le kraken est une créature légendaire, décrite par Erik Pontoppidan en 1752-1753. Le calmar géant Architeuthis dux, qui existe bel et bien, en est le candidat le plus sérieux. Le Smithsonian donne un record proche de 13 mètres, sans aucune attaque de navire documentée.

Quel est le plus long poisson osseux du monde ?

C’est le régalec, Regalecus glesne. L’Australian Museum indique des spécimens mesurés de façon fiable à 8 mètres, et des longueurs annoncées jusqu’à 17 mètres jamais confirmées. Il est souvent avancé comme origine des légendes de serpents de mer.

Où se trouvent Charybde et Scylla ?

La tradition antique les place dans le détroit de Messine, entre la Sicile et la Calabre. Les courants et tourbillons du détroit sont une explication possible, sans plus.

La photo du monstre du Loch Ness est-elle vraie ?

Non. La « photo du chirurgien » publiée en 1934 montrait une maquette montée sur un sous-marin jouet. L’aveu de Christian Spurling a été rendu public en 1994.

Sources

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