En décembre 2023, des chercheurs ont compté entre 80 et 100 méduses par mètre carré dans la marina d’Aguadulce, près d’Almería, en Espagne. Toutes étaient posées sur la vase. Ombrelle contre le fond, bras tournés vers le ciel.
Ces méduses appartiennent au genre Cassiopea, qu’on surnomme « méduse à l’envers ». Le surnom résume assez bien leur mode de vie.
On s’en tient ici à ce genre précis : sa symbiose avec des algues, son mucus qui pique à distance, ses habitats et son arrivée récente sur les côtes espagnoles. Pour les méduses en général, notre guide complet sur les méduses fait le tour de la question, et la liste des choses étonnantes à savoir sur les méduses complète le tableau.
Pourquoi Cassiopea vit-elle la tête en bas ?
Cassiopea se pose ombrelle contre le fond et tend ses bras buccaux vers la surface parce qu’elle héberge dans ses tissus des algues microscopiques, les zooxanthelles. Ces algues font de la photosynthèse. Plus elles reçoivent de lumière, plus elles fabriquent de sucres, et une partie de ces sucres nourrit la méduse.
Le principe ressemble à celui des coraux constructeurs de récifs, qui vivent eux aussi avec des zooxanthelles. La méduse offre un abri bien exposé. Les algues paient en nourriture. Cassiopea continue malgré tout de capturer du plancton grâce à ses cellules urticantes. Elle bat aussi de l’ombrelle sans arrêt, à un rythme lent, et ces pulsations font circuler l’eau autour d’elle, ce qui ramène des particules vers ses bras.
Bref, sa posture tient du panneau solaire bien plus que de la fantaisie.
Et la lumière règle presque tout le reste. C’est pour cela qu’on la trouve en eau claire et peu profonde, là où le soleil atteint le fond toute la journée. Sa teinte change d’un individu à l’autre. Une équipe du Caltech a même décrit chez elle, en 2017, un état de repos nocturne proche du sommeil, un sujet qu’on détaille dans notre article sur le sommeil des méduses.
Peut-on se faire piquer par Cassiopea sans la toucher ?
Oui. En 2020, l’équipe de la biologiste Cheryl Ames a montré que Cassiopea xamachana libère dans l’eau un mucus chargé de petites boules urticantes, baptisées cassiosomes. Ce mucus explique les démangeaisons que des randonneurs palmés décrivaient dans les mangroves sans avoir touché la moindre méduse.
Les cassiosomes mesurent de 100 à 550 micromètres. Leur surface porte des cellules urticantes, les nématocystes, ainsi que des cils qui leur permettent de bouger. Au centre se trouvent des cellules qui abritent les mêmes algues que la méduse. En laboratoire, ces petites masses ont tué au simple contact des larves d’artémia, de minuscules crustacés. Les chercheurs en ont retrouvé chez cinq espèces de rhizostomes, le groupe de méduses auquel appartient Cassiopea, mais pas chez les aurélies examinées.
L’« eau qui pique » des anglophones a donc une explication.
Mais à quel point ça pique ? On lit encore, sur des pages recopiées les unes sur les autres, que sa piqûre serait souvent indolore. L’étude espagnole de 2025 la classe plutôt parmi les espèces moyennement urticantes, et la réaction dépend de la peau exposée comme de la quantité de mucus remuée autour de toi. Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin compétent en médecine de plongée. Pour les premiers gestes, on a réuni les remèdes qui soulagent une piqûre de méduse.
Où vivent les Cassiopea : mangroves, lagons et herbiers ?
Cassiopea vit dans des eaux chaudes, peu profondes et bien éclairées : mangroves, lagons, herbiers marins, fonds de sable ou de vase. On la rencontre dans les zones tropicales et subtropicales, de la mer Rouge aux Caraïbes, et elle y reste posée au fond, souvent en groupes serrés, parfois par dizaines sur quelques mètres carrés.
Les ports et les marinas lui conviennent aussi. L’eau y est calme et le fond souvent vaseux. Dans la marina d’Aguadulce, les chercheurs ont trouvé les méduses surtout sur la zone centrale envasée, presque jamais sur les enrochements qui bordent le bassin. Pour un observateur, cela change le décor attendu. On la cherche moins sur une belle tête de corail que sur un fond plat, un peu terne, où rien ne semble bouger au premier coup d’œil.
Ainsi, un fond sans relief peut cacher des dizaines d’individus.
Une remarque de méthode, au passage. Les mangroves et les lagons ont souvent une eau trouble ou laiteuse, et cette eau trouble ne dit rien de la marée ni du courant. Une bonne visibilité ne rend pas un site plus sûr non plus.
Cassiopea andromeda est-elle invasive en Méditerranée ?
Oui, Cassiopea andromeda est une espèce non indigène en Méditerranée. Originaire de la mer Rouge et de l’Indo-Pacifique, elle est passée par le canal de Suez, ouvert en 1869, et a été signalée à Chypre dès 1903. Elle s’est ensuite installée dans une grande partie du bassin oriental.
Pendant plus d’un siècle, elle est restée cantonnée à l’est, d’Israël à la Grèce en passant par la Turquie et l’Égypte. Puis des observations sont arrivées de Malte, de Sicile et du nord de la Tunisie. En mars 2021, des observateurs bénévoles l’ont repérée à Aguadulce. Il s’agit du signalement le plus occidental de l’espèce en Méditerranée, confirmé par analyse génétique, et les ombrelles mesuraient de 4 à 30 centimètres de diamètre.
On espérait que les hivers espagnols la freineraient.
Cependant, la population d’Almería a traversé toutes les saisons pendant quinze mois de suivi, avec une eau mesurée autour de 14 °C en février 2024. Des individus de toutes tailles cohabitaient. Signe que l’espèce se reproduit sur place. Son cycle l’aide : le polype fixé au fond libère de jeunes méduses, les éphyrules, et peut aussi se multiplier par bourgeonnement, de sorte qu’une petite colonie de polypes suffit pour relancer une population. Pour comprendre pourquoi certaines méduses pullulent, notre dossier sur les invasions de méduses et leurs causes donne le contexte.
Comment observer Cassiopea en snorkeling sans la déranger ?
En snorkeling, on observe Cassiopea depuis la surface, sans se poser ni palmer juste au-dessus d’elle. Ses zones de vie sont peu profondes et vaseuses, un coup de palme soulève le sédiment avec le mucus, et un lycra ou une combinaison fine limite le contact de la peau avec ce mucus.
Rien ne garantit d’en voir à une date donnée.
Le piège vient surtout de la faible profondeur. On a pied, on se redresse, on pose les palmes sur le fond, et un groupe de méduses passe dessous. Garde une flottabilité stable en surface, les mains près du corps. Si un club ou un guide organise la sortie, demande au briefing où se trouvent les zones à éviter et à quelle heure la marée change. C’est la question qui fait la différence dans une mangrove.
Pourtant, en Méditerranée, la meilleure observation se fait souvent depuis un quai, jamais en nageant dans un port ouvert aux bateaux. Si tu en repères une, photographie-la avec le lieu et la date, puis transmets le signalement à un programme de sciences participatives. C’est ce type de signalement qui a permis de détecter la population d’Almería. Ne la ramasse pas et ne la déplace pas. On a résumé pourquoi il ne faut jamais toucher la vie marine, et Cassiopea ne fait pas exception.
Le coût de ces précautions reste modeste : un lycra dans le sac et quelques minutes supplémentaires pour contourner les groupes à la nage.
FAQ
La méduse Cassiopea est-elle dangereuse pour l’homme ?
Elle n’est pas classée parmi les méduses les plus dangereuses, mais elle pique. Son mucus contient des cassiosomes urticants qui peuvent irriter la peau sans contact direct avec la méduse. En cas de réaction forte, consulte un médecin.
Pourquoi appelle-t-on Cassiopea la méduse à l’envers ?
Elle se pose ombrelle contre le fond, bras tournés vers la surface. Cette posture expose à la lumière les algues qui vivent dans ses tissus. Ces algues lui fournissent une partie de sa nourriture par photosynthèse.
Peut-on voir Cassiopea en France ?
L’étude de 2025 citée plus bas place le signalement le plus occidental à Almería, en Espagne, et ne mentionne pas la France. Pour la suite, impossible à trancher d’ici. Si tu en vois une, note le lieu et la date et signale-la.
Où observer Cassiopea en snorkeling ?
Elle vit dans les mangroves, les lagons et les herbiers peu profonds des zones tropicales, de la mer Rouge aux Caraïbes. Rien ne garantit une observation à une date donnée. Reste en surface et ne palme pas au-dessus des groupes.
Sources
- Cassiosomes are stinging-cell structures in the mucus of the upside-down jellyfish Cassiopea xamachana (Ames et al., Communications Biology, 2020)
- The Westernmost Record of the Scyphomedusa Cassiopea andromeda (Forskål, 1775) in the Mediterranean: Marine Citizen Science Contributions to Invasive Species Detection and Monitoring (Marambio et al., Environmental Management, 2025)



