Le 6 janvier 2026, la revue Nature Communications a publié une étude menée en laboratoire et dans la nature, à Key Largo en Floride. La méduse Cassiopea andromeda et l’anémone de mer Nematostella vectensis y dorment environ un tiers de la journée.
Un tiers. Comme nous, à peu près.
En 2017, la question était de savoir si une méduse pouvait dormir sans cerveau. Neuf ans plus tard, les chercheurs se demandent surtout à quoi lui sert ce sommeil. On reprend ici les études qui comptent, dans l’ordre, avec ce qu’elles montrent et leurs limites. Pour la biologie générale de l’animal, son corps et son cycle de vie, notre guide complet sur la méduse prend le relais.
Les méduses dorment-elles vraiment ?
Oui, au moins une espèce, et la preuve est solide. Cassiopea, la méduse à l’envers, remplit les trois critères que les biologistes exigent pour parler de sommeil chez un animal : un repos vite réversible, une réaction plus lente aux stimulations pendant ce repos, et un besoin de récupérer quand on l’en prive.
Ces critères sont comportementaux. Ils ne demandent ni cerveau ni enregistrement électrique, ce qui permet de les appliquer à des animaux très éloignés de nous, comme les mouches ou les vers. Un animal immobile ne dort pas forcément. Il peut attendre, digérer ou guetter une proie. Ainsi, c’est la combinaison des trois signes qui compte, et une méduse qui ralentit simplement la nuit ne suffirait pas à convaincre un comité de lecture.
Pour la grande majorité des autres méduses, on n’a trouvé aucune étude publiée sur le sujet.
La réponse honnête est donc « oui pour Cassiopea, inconnu pour les autres ». Les listes de faits qui circulent en ligne écrivent souvent « les méduses dorment » comme une généralité. On préfère rester au niveau de ce qui a été mesuré.
Comment l’équipe de Caltech a-t-elle démontré le sommeil de Cassiopea en 2017 ?
En filmant des méduses jour et nuit pendant plusieurs jours, puis en les dérangeant. Ravi Nath et ses collègues du California Institute of Technology ont publié leurs résultats le 21 septembre 2017 dans Current Biology. La nuit, les pulsations de l’ombrelle ralentissent nettement, autour de 39 par minute contre 58 le jour.
Le choix de l’espèce n’a rien d’un hasard. Cassiopea vit posée sur le fond, ombrelle vers le bas et bras tournés vers la lumière, si bien qu’une caméra placée au-dessus du bassin suffit à compter chaque contraction pendant des jours. Les chercheurs ont d’abord mesuré ce rythme. Puis ils ont testé la réactivité. Pendant le repos nocturne, les méduses réagissaient plus lentement et demandaient une stimulation plus forte pour se remettre en mouvement. Enfin, des jets d’eau de 10 secondes répétés la nuit les ont empêchées de se reposer.
Le lendemain, les méduses privées de repos étaient moins actives et moins réactives.
Mais l’équipe est allée plus loin, en testant deux molécules connues pour endormir d’autres animaux, dont la mélatonine, qui a déclenché cet état de repos en plein jour chez les méduses. Un antihistaminique, la pyrilamine, a eu le même effet. Cette méduse, dont on détaille la biologie dans notre fiche sur l’espèce Cassiopea, n’a qu’un réseau de neurones diffus. Aucun cerveau.
Pourquoi Cassiopea fait-elle la sieste à midi ?
Selon l’étude publiée en janvier 2026, Cassiopea andromeda dort surtout la nuit et ajoute une courte sieste vers midi. Chez cette méduse, la lumière règle le rythme, avec la pression de sommeil accumulée pendant l’éveil. L’anémone Nematostella dort plutôt le jour et suit davantage son horloge interne.
L’équipe de Raphaël Aguillon et Lior Appelbaum a fixé un seuil précis. Une Cassiopea dort quand elle passe sous 37 pulsations par minute pendant au moins 3 minutes. Pour l’anémone, c’est 8 minutes d’immobilité. Les observations en mer ont eu lieu à Key Largo, avec environ 15 heures de jour pour 9 heures de nuit. Les mesures de terrain recoupent celles du laboratoire, ce qui rend le résultat plus crédible qu’une simple expérience en aquarium.
Quant à la raison de cette sieste de midi, elle reste impossible à trancher d’ici.
Pourtant, une chose est sûre pour qui fait de la randonnée palmée au-dessus d’un fond couvert de Cassiopea (c’est souvent le cas dans les lagunes peu profondes). Une méduse qui pulse lentement ne te dit rien de son état. La règle reste la même : on ne touche pas. On explique pourquoi dans notre article sur les raisons de ne jamais toucher la vie marine, et notre page sur les gestes en cas de piqûre de méduse couvre le reste.
À quoi sert le sommeil quand on n’a pas de cerveau ?
Une piste sérieuse est apparue en 2026 : protéger l’ADN des neurones. Chez Cassiopea et Nematostella, l’éveil prolongé et la privation de sommeil augmentent les marques de dommages à l’ADN dans les cellules nerveuses, alors que le sommeil, spontané ou provoqué par les chercheurs, les fait baisser. Ces marques se mesurent avec un repère appelé γH2AX.
Le test le plus parlant utilise les ultraviolets. Après 15 minutes d’exposition à des UVB de 312 nanomètres, l’ADN des neurones montre plus de dégâts. Les deux espèces dorment ensuite davantage. Et la mélatonine, encore elle, a augmenté le temps de sommeil, la durée des épisodes et leur nombre pendant la phase active, chez la méduse comme chez l’anémone. Le lien entre stress, dégâts et besoin de dormir se retrouve donc dans deux animaux aux rythmes opposés.
Bref, le sommeil aurait d’abord servi à l’entretien des neurones.
Ce « aurait » compte. L’étude porte sur deux espèces et montre une relation solide, sans prouver que la réparation de l’ADN soit la seule fonction du sommeil. L’ancienne version de cet article parlait de « régénération cellulaire » accélérée pendant le repos, sans aucune référence, et on l’a retirée. Ce qui est mesuré est plus étroit, et plus intéressant.
Hydre, anémone, méduse : qui dort comment ?
Trois cnidaires ont désormais un sommeil décrit dans des revues à comité de lecture. Leurs rythmes diffèrent beaucoup. Cassiopea suit le jour et la nuit, Nematostella dort le jour, et l’hydre, un petit polype d’eau douce, alterne activité et repos selon un cycle d’environ 4 heures, sans rythme de 24 heures.
| Animal | Groupe | Étude | Rythme observé | Signe de sommeil retenu |
|---|---|---|---|---|
| Cassiopea (méduse à l’envers) | Méduse | Current Biology, 2017 | Repos la nuit | Pulsations ralenties, réaction retardée, rattrapage après privation |
| Cassiopea andromeda | Méduse | Nature Communications, 2026 | Nuit et sieste vers midi, environ un tiers de la journée | Moins de 37 pulsations par minute pendant au moins 3 minutes |
| Nematostella vectensis | Anémone de mer | Nature Communications, 2026 | Surtout le jour, environ un tiers de la journée | Immobilité d’au moins 8 minutes |
| Hydra | Polype d’eau douce | Science Advances, 2020 | Cycle d’environ 4 heures | Mélatonine, GABA et dopamine augmentent le sommeil |
L’étude sur l’hydre vient de l’université de Kyushu, au Japon, avec des chercheurs de l’UNIST en Corée du Sud. La mélatonine y augmente un peu le sommeil, le GABA beaucoup plus. Or la dopamine, qui tient éveillés beaucoup d’animaux, endort l’hydre. Priver l’hydre de sommeil modifie l’expression de 212 gènes, dont un lié à une protéine qui règle aussi le sommeil chez d’autres espèces. Les auteurs en tirent une hypothèse forte : le besoin de dormir serait apparu avant le cerveau.
On trouve l’argument convaincant.
Une méduse, une anémone et une hydre partagent des molécules du sommeil avec les vertébrés, alors que leurs ancêtres communs avec nous remontent à plusieurs centaines de millions d’années. Pour l’histoire longue des méduses, nos 10 choses à savoir sur les méduses donnent les ordres de grandeur. Reste une limite. Trois espèces ne font pas une règle.
FAQ
Les méduses dorment-elles vraiment ?
Oui pour Cassiopea, la méduse à l’envers, étudiée en 2017 puis en 2026. Elle remplit les trois critères comportementaux du sommeil : repos réversible, réaction plus lente et besoin de récupérer après une privation. Pour la plupart des autres espèces de méduses, aucune étude n’a encore tranché.
Combien de temps dort une méduse ?
Selon l’étude publiée dans Nature Communications en janvier 2026, Cassiopea andromeda dort environ un tiers de la journée. Elle dort surtout la nuit et fait une courte sieste vers midi. Ce chiffre vaut pour cette espèce, pas pour toutes les méduses.
Comment sait-on qu’une méduse dort ?
On compte ses pulsations et on la dérange. Une Cassiopea endormie pulse plus lentement, réagit avec retard à une stimulation et, si on l’empêche de se reposer la nuit, se montre moins active le lendemain.
Les méduses rêvent-elles ?
Aucune étude ne permet de le dire. Chez l’humain, le rêve se repère surtout par le récit au réveil et par l’activité du cerveau, deux outils inutilisables chez une méduse. La question reste donc ouverte, et toute affirmation dans un sens ou dans l’autre relève de la spéculation.
Sources
- The Jellyfish Cassiopea Exhibits a Sleep-like State (Current Biology, Caltech, 2017)
- DNA damage modulates sleep drive in basal cnidarians with divergent chronotypes (Nature Communications, 2026)
Photo : Emőke Dénes, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0




Quelle est leurs zones de profondeurs d’activité ou de sommeil ?