En 2013, le blobfish a remporté le vote de la Ugly Animal Preservation Society, une association britannique qui cherchait à attirer l’attention sur les espèces menacées que personne ne trouve mignonnes. Le poisson flasque est devenu une mascotte. Or la photo qui a tourné montre un animal déformé par sa remontée depuis plus de 1 000 mètres.
Ce top 10 reprend les poissons qu’on qualifie souvent de moches. Pour chacun, tu trouveras le nom scientifique, une profondeur indicative et la réponse à la question qui compte pour un plongeur : peut-on le voir en plongée loisir ?
Une correction avant de commencer. L’ancienne version de cette page classait le cochon de mer parmi les poissons, alors que c’est une holothurie des grands fonds, un concombre de mer. Il laisse sa place au poisson-pierre.
Quel est le poisson le plus moche du monde ?
Le blobfish (Psychrolutes marcidus) garde le titre depuis le vote de 2013. Il vit entre 600 et 1 200 mètres au large du sud de l’Australie et de la Tasmanie, selon la fiche Fishes of Australia mise à jour en 2025. Son allure de flan vient surtout de la décompression. Dans son milieu, la pression soutient son corps.
1. Blobfish (Psychrolutes marcidus)
Il mesure jusqu’à 38 cm, n’a pas d’écailles et sa tête occupe environ 40 % de sa longueur. Sa chair gélatineuse a une densité proche de celle de l’eau, ce qui lui permet de rester au-dessus du fond sans nager beaucoup, une économie d’énergie utile là où la nourriture se fait rare. Détail amusant, le célèbre « Mr Blobby » de l’Australian Museum appartient à une espèce voisine, Psychrolutes microporos. On l’a remonté en 2003 entre 1 013 et 1 340 mètres. On raconte son histoire complète dans l’article consacré au blobfish, élu poisson le plus moche du monde.
En plongée loisir, tu ne le croiseras pas.
2. Baudroies abyssales (sous-ordre des Ceratioidei)
Ces baudroies vivent en pleine eau, pour la plupart au-delà de 1 000 mètres (ordre de grandeur indicatif, il varie selon les espèces). Le leurre lumineux de la femelle doit sa lumière à des bactéries. Chez plusieurs familles, le mâle reste minuscule et finit soudé à la femelle, au point de partager sa circulation sanguine. On détaille ce mode de reproduction dans notre article sur la baudroie abyssale et son amour fusionnel. Ainsi, presque tout ce qu’on sait d’elles vient de chalutages scientifiques et de robots téléguidés.
Quels poissons moches vivent dans l’Atlantique Nord ?
Deux espèces d’eaux froides figurent dans ce top : le loup atlantique et le lompe. Toutes deux fréquentent les fonds rocheux côtiers, ce qui les met à portée des plongeurs de Norvège, d’Islande ou d’Écosse. Le lompe descend aussi jusqu’à la Manche. L’eau y est froide.
3. Loup atlantique (Anarhichas lupus)
Sa grosse tête et ses canines saillantes lui ont donné son nom. Les plus grands individus approchent 1,5 mètre. Il vit dans des habitats rocheux complexes, souvent calé dans une faille, et broie avec ses rangées de dents des coquillages, des crabes, des bernard-l’ermite et des oursins. Pourtant il reste discret. La plupart du temps, un plongeur ne voit que sa tête sortir d’un trou de roche, et il faut un guide qui connaît le site pour savoir où regarder.
4. Lompe (Cyclopterus lumpus)
Ses nageoires pelviennes forment une ventouse qui le fixe aux rochers. Les adultes dépassent rarement une soixantaine de centimètres et quelques kilos.
L’ancienne version parlait d’un poids record frôlant deux tonnes, un chiffre sans aucun rapport avec l’espèce.
Au printemps, le mâle garde la ponte près de la côte, parfois à quelques mètres de fond, et c’est à cette période que les plongeurs de l’Atlantique Nord le repèrent le plus souvent sur les roches couvertes d’algues.
Lesquels peux-tu croiser en Méditerranée et en Atlantique tempéré ?
Trois poissons de ce top fréquentent des eaux plus familières pour un plongeur européen : l’uranoscope, enfoui dans le sable, le poisson-lune, de passage au large, et le poisson crapaud, caché sous les pierres. Les voir dépend de la chance et du terrain. Aucun club ne peut te les promettre.
5. Uranoscope (Uranoscopus scaber)
En Méditerranée, il s’enterre dans le sable et ne laisse dépasser que ses yeux, tournés vers le haut, et sa bouche. Il agite un petit filament charnu fixé à la mâchoire inférieure pour attirer les proies qui passent au-dessus du sable. L’ancienne version parlait d’un leurre luminescent, alors que ce filament ne produit aucune lumière. Deux épines venimeuses se trouvent au-dessus des nageoires pectorales. Les décharges capables d’étourdir une proie sont surtout décrites chez un autre genre de la même famille, Astroscopus, qui vit dans l’Atlantique ouest. Sa biologie est détaillée dans notre portrait de l’uranoscope.
6. Poisson-lune (Mola mola)
Son corps se termine par une nageoire arrondie, le clavus, à la place d’une queue. Il descend à plusieurs centaines de mètres pour se nourrir puis remonte se réchauffer près de la surface. Le record de poids chez les poissons osseux revient à une espèce voisine, Mola alexandrini : un individu de 2 744 kg trouvé mort au large des Açores en décembre 2021 et décrit dans le Journal of Fish Biology en 2022. Mais le croiser reste une affaire de chance, y compris à Bali ou aux Açores. Tout le reste est dans notre dossier sur le poisson-lune, l’un des poissons les plus étranges du monde.
7. Poisson crapaud (famille des Batrachoididae)
Au Portugal et dans l’ouest de la Méditerranée vit le crapaud lusitanien (Halobatrachus didactylus), un poisson trapu qui s’abrite sous les pierres en eau peu profonde. Les mâles émettent des sons pour attirer les femelles puis gardent les œufs. Aux Caraïbes, Sanopus splendidus, endémique de Cozumel, attire les photographes avec ses rayures et ses nageoires bordées de jaune.
L’ancienne version lui prêtait des « excroissances cornues » saisonnières, une affirmation qu’on n’a pas pu vérifier et qu’on a retirée.
Lesquels regarder sans jamais les toucher ?
Le poisson-grenouille strié, le poisson-pierre et le poisson-main tacheté demandent une distance stricte. Le poisson-pierre peut te blesser gravement. Les deux autres supportent mal le dérangement, et le poisson-main, classé en danger critique, ne vit que dans une poignée de baies du sud-est de la Tasmanie. Le réflexe reste le même : une flottabilité stable et aucune main posée sur le fond.
8. Poisson-grenouille strié (Antennarius striatus)
Il dépasse rarement une vingtaine de centimètres. Des épines cutanées en forme de poils couvrent son corps, et un leurre en forme de ver s’agite au bout de sa première épine dorsale. Sa bouche s’ouvre d’un coup et avale des proies presque aussi grandes que lui. On le trouve dans les eaux chaudes de l’Indo-Pacifique et de l’Atlantique, souvent sur des fonds de sable ou de débris peu profonds, et les sites de « muck diving » comme Lembeh, en Indonésie, l’ont rendu célèbre auprès des photographes. L’ancienne version affirmait que le mâle dévore la femelle après l’accouplement. Faute de source sérieuse, on a supprimé cette phrase.
9. Poisson-pierre (Synanceia verrucosa)
Il vit sur les récifs peu profonds de la mer Rouge et de l’Indo-Pacifique et ressemble à un caillou couvert d’algues. Ses épines dorsales injectent un venin très douloureux. Une piqûre relève de l’urgence médicale. C’est une des raisons pour lesquelles on ne touche jamais la vie marine, même un fond qui a l’air inerte. Son camouflage compte parmi les mécanismes de défense extraordinaires des animaux marins.
10. Poisson-main tacheté (Brachionichthys hirsutus)
Sans vessie natatoire, ce petit poisson de Tasmanie se déplace sur le fond en marchant sur ses nageoires, d’après le CSIRO. Il vit entre 1 et 60 mètres, avec la plus forte densité entre 5 et 15 mètres, dans l’estuaire de la Derwent et quelques baies abritées du sud-est de l’île. L’espèce est en danger critique. L’étoile de mer du Pacifique Nord (Asterias amurensis), introduite dans la région, mange les ascidies pédonculées sur lesquelles il pond. L’ancienne version l’accusait de manger directement ses œufs. Le CSIRO pointe surtout la perte de ces supports de ponte.
Cependant, une population aussi réduite supporte mal le dérangement, et la décision de la chercher revient aux gestionnaires et aux guides locaux.
Où voir ces dix poissons en plongée : le tableau récapitulatif
Sur les dix espèces, deux restent hors de portée de la plongée loisir : le blobfish et les baudroies abyssales. Les huit autres vivent à des profondeurs accessibles, sans qu’aucune observation soit garantie. Le tableau résume le nom scientifique, une profondeur indicative et les zones où des plongeurs les signalent.
| Rang | Espèce | Nom scientifique | Profondeur | En plongée loisir ? |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Blobfish | Psychrolutes marcidus | 600 à 1 200 m (Fishes of Australia, 2025) | Non |
| 2 | Baudroies abyssales | Ceratioidei | Surtout au-delà de 1 000 m (indicatif) | Non |
| 3 | Loup atlantique | Anarhichas lupus | De la côte à plusieurs centaines de mètres (indicatif) | Oui, eaux froides : Norvège, Islande, Écosse |
| 4 | Lompe | Cyclopterus lumpus | Côtier au printemps, plus profond le reste de l’année (indicatif) | Oui, Atlantique Nord et Manche |
| 5 | Uranoscope | Uranoscopus scaber | Fonds sableux, de faible à grande profondeur (indicatif) | Oui, Méditerranée |
| 6 | Poisson-lune | Mola mola | Surface à plusieurs centaines de mètres (indicatif) | Parfois, sans régularité |
| 7 | Poisson crapaud | Halobatrachus didactylus, Sanopus splendidus | Eaux côtières peu profondes (indicatif) | Oui, Portugal, ouest de la Méditerranée, Cozumel |
| 8 | Poisson-grenouille strié | Antennarius striatus | Fonds peu profonds de sable ou de débris (indicatif) | Oui, Indo-Pacifique et Atlantique chaud |
| 9 | Poisson-pierre | Synanceia verrucosa | Récifs peu profonds (indicatif) | Oui, mer Rouge et Indo-Pacifique, sans contact |
| 10 | Poisson-main tacheté | Brachionichthys hirsutus | 1 à 60 m, surtout 5 à 15 m (CSIRO) | Rare, espèce en danger critique |
Seules deux profondeurs du tableau sont sourcées, celle du blobfish et celle du poisson-main. Les autres sont des ordres de grandeur. Et la plupart de ces poissons vivent immobiles, camouflés dans le sable, les algues ou les failles, si bien qu’on peut passer à un mètre d’un uranoscope ou d’un poisson-pierre sans rien remarquer. Un guide local sait où chercher. Il ne peut pas pour autant te garantir une rencontre, et aucune liste d’espèces affichée par un centre ne remplace ce que le site montre le jour de ta plongée.
Bref, ces poissons demandent surtout de la patience.
Le prix à payer se compte en minutes passées à scruter le fond, avec une flottabilité assez propre pour ne rien abîmer ni te piquer.
FAQ
Quel est le poisson le plus moche du monde ?
Le blobfish (Psychrolutes marcidus) a été élu animal le plus moche lors d’un vote de la Ugly Animal Preservation Society en 2013. Son aspect flasque vient de la décompression pendant la remontée. Dans son milieu, entre 600 et 1 200 mètres, son corps garde une forme plus ferme.
Peut-on voir un blobfish en plongée ?
Non. Il vit entre 600 et 1 200 mètres, très loin des profondeurs de la plongée loisir. Les images de l’animal dans son milieu viennent d’engins sous-marins.
Le cochon de mer est-il un poisson ?
Non. Le cochon de mer (genre Scotoplanes) est une holothurie, un concombre de mer des grands fonds. C’est pour cette raison qu’il ne figure plus dans ce classement de poissons.
Quels poissons moches peut-on voir en Méditerranée ?
L’uranoscope, enfoui dans le sable, et le crapaud lusitanien dans la partie occidentale. Le poisson-lune y passe aussi, sans régularité. Aucune de ces rencontres n’est garantie.
Sources
- Smooth-head Blobfish, Psychrolutes marcidus (McCulloch 1926) (Fishes of Australia, Museums Victoria, 2025)
- Safeguarding the critically endangered Spotted Handfish (Brachionichthys hirsutus) (CSIRO, consulté en 2026)




C’est vous que êtes moches, oui!
Les poissons en tout cas pas.