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Tangaroa : la mer dans la mythologie océanienne

Par la rédaction Spotmydive · 10 août 2025

Tangaroa : la mer dans la mythologie océanienne

Sur les cartes en te reo māori, l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande s’appelle Te Ika-a-Māui, « le poisson de Māui ». Le nom résume une idée que l’encyclopédie Te Ara pose d’emblée : dans la culture māori, les îles sont des poissons tirés de la mer, et la mer est la source de toute vie.

Dans cette eau, il y a Tangaroa. Son nom circule de la Nouvelle-Zélande à Hawaï sous des formes voisines, et l’ancienne version de cet article en tirait un tableau bien trop net. On reprend ici ce que les sources néo-zélandaises permettent d’affirmer, et on signale le reste comme variable.

Si ce sont plutôt les monstres qui t’attirent, notre sélection des créatures mythologiques les plus impressionnantes fait le tour d’autres traditions.

Qui est Tangaroa dans la tradition māori ?

Dans la tradition māori de Nouvelle-Zélande, Tangaroa est l’atua lié à la mer et l’ancêtre des poissons. Le récit le plus répandu en fait l’un des soixante-dix enfants de Ranginui, le ciel, et de Papatūānuku, la terre, selon l’encyclopédie Te Ara. Il occupe le monde ouvert par la séparation de ses parents.

Statue au bord d'une baie verdoyante, avec un kayakiste

Le terme colle mal. Te Ara précise que la traduction courante, « dieu de la mer », reste insuffisante. Pour les Māori, l’eau était une énergie aux caractères multiples, tantôt calme, tantôt dangereuse, et c’est précisément cette force, avec tous ses visages, que désigne le nom de Tangaroa. On parle donc d’une présence qui traverse la houle et les marées, bien plus que d’un personnage à visage humain. Les généalogies font même passer l’humain par une étape de poisson, puis d’amphibien, avant sa forme actuelle.

Une autre version, plus rare, fait de Tangaroa l’époux de Papatūānuku et le rival de Ranginui, et Te Ara cite un récit consigné en 1856 par Hūkiki Te Ahukaramū où le ciel séduit la terre.

Mais les deux versions cohabitent sans peine. Chaque tribu transmet ses propres lignées de récits, et aucune ne fait office de version officielle.

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Pourquoi Tangaroa et Tāne sont-ils en conflit ?

Dans la version publiée par George Grey en 1855, la querelle éclate après la séparation du ciel et de la terre. Tāwhirimātea, le dieu des vents, attaque ses frères. Les descendants de Tangaroa se divisent alors : une partie gagne la mer, l’autre se réfugie dans la forêt de Tāne. Tangaroa ne pardonne pas.

Te Ara, dans son article sur la pêche, donne la généalogie qui va avec, à partir de Punga, un fils de Tangaroa.

Punga a deux enfants. Ikatere part vers la mer, où lui et ses descendants deviennent des poissons. Tūtewehiwehi s’enfonce dans les terres, et sa lignée devient celle des reptiles. Ainsi la mer et la forêt forment deux camps rivaux, et chaque fois que l’un prend quelque chose à l’autre, le récit y voit la suite de cette vieille querelle de famille. Chez Grey, les enfants de Tāne taillent des pirogues et tressent des filets pour capturer les enfants de Tangaroa. En retour, la mer engloutit les pirogues et grignote les rivages.

Pour expliquer l’érosion d’une côte, on a rarement trouvé image plus parlante (et plus juste, quand on regarde une falaise qui recule).

Tangaroa, Tagaloa, Ta’aroa, Kanaloa : est-ce le même dieu ?

Oui et non. Le nom se retrouve dans une grande partie de la Polynésie, avec des variantes qui suivent les langues : Tagaloa aux Samoa et aux Tonga, Ta’aroa à Tahiti, Kanaloa à Hawaï, Tangaroa aux îles Cook et chez les Māori. Le rôle change.

Archipel Nom Rôle le plus souvent cité
Nouvelle-Zélande (Māori) Tangaroa Mer, eaux et poissons, fils de Ranginui et Papatūānuku
Îles Cook Tangaroa Figure majeure liée à la mer, récits propres à chaque île
Samoa, Tonga Tagaloa Créateur, souvent associé au ciel
Tahiti Ta’aroa Créateur dans les traditions recueillies au XIXe siècle
Hawaï Kanaloa Océan, souvent cité en couple avec Kāne
Marquises Tana’oa Rôle variable selon les récits

Aux Samoa, Tagaloa est souvent présenté comme le créateur de l’univers, et à Tahiti les traditions recueillies au XIXe siècle font elles aussi de Ta’aroa un créateur, à l’origine de tout ce qui existe. Chez les Māori, il partage la scène avec ses frères. Chacun de ses frères règne sur son propre domaine, la forêt pour Tāne et les vents pour Tāwhirimātea. Et à Hawaï, Kanaloa apparaît le plus souvent aux côtés de Kāne. Bref, impossible de tout ranger dans une seule fiche d’identité, et c’est très bien ainsi.

L’ancien tableau de cet article mélangeait ces traditions, en donnant par exemple Rangi et Papa comme parents de Tagaloa alors que ce couple appartient au récit māori, et on l’a corrigé en ne gardant que ce qui se recoupe.

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La comparaison avec la Méditerranée reste tentante. Notre panorama des dieux de la mer à travers les civilisations la propose, et le top 10 des divinités marines grecques montre à quel point Poséidon fonctionne autrement, avec un rôle fixé par l’écrit plutôt que par des généalogies orales qui varient d’une île à l’autre.

Que racontent les récits de Tinirau et de Ruatepupuke ?

Ce sont deux histoires du monde de Tangaroa rapportées par Te Ara. Celle de Tinirau, ancêtre des poissons, raconte la mort de la baleine Tutunui et la vengeance qui suit. Celle de Ruatepupuke explique l’origine de la sculpture sur bois, découverte dans la maison de Tangaroa.

Jeune homme déposant une offrande flottante sur l'eau

Tinirau demande au tohunga (prêtre) Kae de baptiser son fils Tūhuruhuru. Pour rentrer chez lui, Kae obtient de monter sur Tutunui, la baleine favorite de Tinirau, à condition d’en descendre quand l’animal se secouera. Or il échoue la baleine sur le rivage. Ses gens la découpent. Hineteiwaiwa, l’épouse de Tinirau, part alors avec un groupe de femmes, dont Raukatauri, et reconnaît Kae à sa dent qui en chevauche une autre. Endormi, il est ramené chez Tinirau, qui le tue.

La seconde histoire touche directement à l’art.

Tangaroa enlève Te Manuhauturuki, le fils de Ruatepupuke, et le fixe sur le pignon de sa maison. Le père finit par retrouver la demeure de Tangaroa, entend les poteaux sculptés parler entre eux, bouche alors sans attendre toutes les ouvertures de la maison et y met le feu. Les habitants s’enfuient, le mulet en tête, puis le poisson volant et le baliste, et la plupart des enfants de Tangaroa périssent dans l’incendie. Selon le récit, les poteaux extérieurs ont perdu la parole. Voilà pourquoi les sculptures d’aujourd’hui restent muettes.

Comment Tangaroa s’invite-t-il dans la pêche māori ?

Par des gestes très concrets. Selon Te Ara, il était courant de rendre à la mer le premier poisson pêché, en offrande à Tangaroa. Beaucoup de tribus avaient aussi, sur le rivage, des lieux où les pêcheurs déposaient du poisson et récitaient des karakia (prières) de remerciement.

Le tapu entourait presque tous les aspects de la pêche, parce que les pêcheries étaient étroitement liées aux dieux, comme le rappelle Te Ara dans son chapitre consacré à la pêche.

Pourtant, rien de décoratif là-dedans. Te Ara cite une pierre près de Mōkau, longtemps considérée comme le mauri des pêcheries de la région, c’est-à-dire leur force de vie, et des offrandes y étaient faites à Tangaroa. Le lien entre le sacré et la ressource est direct. On peut y lire une forme de gestion du poisson disponible, même si le cadre reste religieux et que personne ne tenait de tableau des captures. C’est une lecture d’aujourd’hui, à prendre comme telle.

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Bref, on ne pêchait pas sans rendre quelque chose.

Que retenir de Tangaroa avant un voyage de plongée dans le Pacifique ?

Que ces récits appartiennent à des peuples bien vivants. Ils les transmettent encore. Si tu plonges à Rarotonga ou en Nouvelle-Zélande, tu entres dans des eaux qui ont une généalogie pour ceux qui y vivent. Renseigne-toi sur les règles locales auprès du club et respecte les lieux tapu.

Pour Rarotonga, notre guide de la plongée aux îles Cook autour de Rarotonga fait le point sur les sites. Côté Nouvelle-Zélande, l’article sur les fonds marins de la baie des Îles détaille la destination. Sur place, des restrictions temporaires de pêche, appelées rāhui, peuvent viser un récif ou une baie. Le club local saura te dire lesquelles s’appliquent le jour de ta sortie. Cependant, la mythologie ne dit rien du courant ni de la visibilité, et pour la plongée elle-même, le briefing du jour reste la seule information qui compte vraiment au moment de t’équiper.

Poser la question des rāhui ne te coûte qu’une minute au briefing.

FAQ

Tangaroa est-il le dieu de la mer ?

C’est la traduction la plus courante, mais Te Ara la juge insuffisante. Dans la pensée māori, Tangaroa désigne aussi l’énergie de l’eau sous toutes ses formes, calme ou dangereuse. Il est surtout présenté comme l’ancêtre des poissons.

Qui sont les parents de Tangaroa ?

Dans la version la plus répandue en Nouvelle-Zélande, Tangaroa est l’un des soixante-dix enfants de Ranginui, le ciel, et de Papatūānuku, la terre. Une version minoritaire en fait l’époux de Papatūānuku et le rival de Ranginui.

Pourquoi rendait-on le premier poisson à la mer ?

Selon Te Ara, rendre le premier poisson pêché était une offrande courante à Tangaroa. Le geste s’inscrivait dans un ensemble de règles tapu et de prières qui entouraient la pêche.

Tangaroa et Kanaloa sont-ils le même dieu ?

Les deux noms ont une origine commune et se retrouvent, avec Tagaloa et Ta’aroa, dans une grande partie de la Polynésie. Le rôle change selon les archipels. Mieux vaut parler d’une famille de figures apparentées que d’un dieu unique.

Sources

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