Le 21 avril 1934, le Daily Mail publie la photo d’une petite tête au long cou qui émerge du Loch Ness. Soixante ans plus tard, l’un des auteurs avoue que la « créature » était un jouet.
Entre-temps, le lac écossais est devenu le décor préféré des chasseurs de monstres. Et la question revient souvent chez les plongeurs : peut-on aller voir soi-même ce qu’il y a dessous ?
Notre ancienne page promettait des « zones réputées pour leurs apparitions » et des centres locaux aux formules sur mesure. On a tout repris depuis les mesures du lac, l’aveu de 1994 et l’étude ADN menée en 2018 par l’université d’Otago.
Quelle profondeur et quelle température au Loch Ness ?
Le Loch Ness atteint environ 230 mètres au point le plus profond et 132 mètres en moyenne, selon la World Lake Database de l’ILEC. Long d’environ 39 kilomètres, il contient près de 7,45 km³ d’eau douce. En 1977-1978, sa surface variait de 5,6 °C en hiver à 13,5 °C en août.

Plus bas, l’eau bouge peu. À 75 mètres, les relevés de la même série restent entre 5,6 et 8,0 °C toute l’année, et une thermocline se forme de mai à octobre, séparant une couche de surface un peu plus tiède d’une masse profonde qui reste froide. Le chiffre de 230 mètres vient du relevé de Sir John Murray en 1903. Et un sondage du Loch Ness Project a mesuré 227 mètres en 1991. Pour un plongeur loisir, la différence ne change rien, puisque les deux valeurs dépassent de très loin toute limite de plongée récréative.
Reste la couleur.
Les rivières qui alimentent le lac traversent des tourbières et apportent une eau brune. Sur les mesures de 1977-1978, la transparence au disque de Secchi tournait autour de 3,6 à 4,6 mètres. Ce chiffre date de près de cinquante ans. On le donne comme simple ordre de grandeur.
Que montrait vraiment la photo du « chirurgien » de 1934 ?
La photo dite du « chirurgien » montrait un sous-marin jouet coiffé d’une tête et d’un cou sculptés. Elle a été attribuée au médecin londonien Robert Kenneth Wilson et publiée en 1934. En 1994, Christian Spurling, beau-fils de Marmaduke Wetherell, a reconnu avoir fabriqué la maquette.

Vengeance de famille. Quelques mois plus tôt, Wetherell avait cru trouver des empreintes du monstre sur la rive, et le Daily Mail l’avait ridiculisé quand on avait compris qu’elles venaient d’un pied d’hippopotame naturalisé. La famille aurait monté la photo pour se venger. Elle a confié le cliché au docteur Wilson, dont le nom donnait du crédit à l’image. Spurling avait 93 ans au moment de ses aveux. Pendant six décennies, la photo a servi de preuve dans les livres et les documentaires consacrés au monstre écossais.
Mais la légende ne commence pas en 1934.
Dans la Vie de saint Colomba, écrite par l’abbé Adomnan vers l’an 700, le saint chasse une bête aquatique de la rivière Ness, celle qui sort du lac. Le texte place la scène vers 565. Ce récit hagiographique a été écrit plus d’un siècle après la mort de Colomba pour célébrer ses miracles. On peut le lire comme un témoignage de l’imaginaire local, pas comme une observation datée.
Qu’a trouvé l’étude ADN environnemental de Neil Gemmell ?
En juin 2018, l’équipe du professeur Neil Gemmell (université d’Otago) a prélevé 250 échantillons d’eau dans tout le loch, en surface comme en profondeur. Les résultats, annoncés en septembre 2019, ne montrent aucune trace d’ADN de reptile ni de plésiosaure. Ils relèvent en revanche beaucoup d’ADN d’anguille.
Le principe est simple. Chaque organisme laisse dans l’eau des fragments d’ADN (peau, mucus, déjections). On les filtre, on les séquence, puis on les compare aux bases de données mondiales. L’équipe a aussi écarté l’esturgeon, le poisson-chat et le requin du Groenland, trois candidats souvent cités par les amateurs. Elle a retrouvé de l’ADN d’animaux terrestres, comme le cerf, le mouton ou le blaireau.
Pourtant, l’anguille ne règle pas tout.
L’ADN environnemental dit qu’une espèce est présente et donne une idée de son abondance, mais il ne dit rien de la taille des individus, ce que Gemmell a lui-même rappelé en présentant les résultats. Il juge qu’on ne peut pas exclure des anguilles géantes, et réclame d’autres recherches avant de conclure quoi que ce soit. Bref, l’étude retire le plésiosaure de la liste et laisse une hypothèse ouverte. On trouve cette honnêteté plus intéressante que n’importe quelle photo floue.
Avant elle, l’opération Deepscan de 1987 avait balayé le lac au sonar avec une flottille de bateaux. Quelques échos sont restés sans explication. Aucun n’a fourni de preuve d’un grand animal inconnu.
Peut-on plonger dans le Loch Ness ?
Oui, rien n’interdit en principe de plonger dans le Loch Ness, mais c’est une plongée en eau douce froide et sombre, réservée à des plongeurs déjà à l’aise dans ces conditions. Au programme, des pentes rocheuses couvertes de vase et une lumière qui baisse vite.
Pour quel niveau ? La question compte plus ici que sur un récif tropical. Les parois du lac sont raides et descendent vers un fond plat de vase, d’après le Loch Ness Project, donc la profondeur peut arriver plus vite que prévu si tu suis la pente sans repère. L’eau brune coupe la lumière. Une lampe devient indispensable dès que tu quittes la surface. Le froid réduit l’autonomie et la dextérité des doigts, et il complique chaque geste sur l’équipement, du gonflage de la stab au réglage de l’étanche.
Or aucune de ces contraintes ne se voit sur une photo de carte postale.
On n’a pas trouvé d’offre de plongée « sur les traces de Nessie » que l’on puisse décrire à partir d’informations publiques fiables, et on ne citera pas de centre au hasard. Si un organisateur te propose une sortie, demande d’où vous partez et comment vous sortez de l’eau. Demande aussi qui reste en surface et ce qui est prévu si le vent lève une houle courte sur le lac. Impossible à trancher d’ici. Le briefing doit répondre à ces questions avant la mise à l’eau.
Un dernier point compte : une bonne visibilité ne rendrait pas la plongée plus sûre, car ici ce sont le froid et la pente qui fixent la marge.
Quel équipement pour une eau froide et sombre ?
Pour une eau qui reste sous 10 °C en profondeur toute l’année, la combinaison étanche avec un sous-vêtement chaud est la base. Ajoute un détendeur prévu pour l’eau froide, une lampe principale et une lampe de secours, un ordinateur de plongée et une boussole. Les gants et la cagoule ne sont pas un luxe.

Le lestage change aussi. En eau douce, tu flottes moins qu’en mer, donc il te faut moins de plomb, et notre guide sur le lest de plongée et l’équilibre de la flottabilité détaille comment refaire une pesée. Fais-la sur place avec la combinaison étanche, jamais avec les chiffres de tes vacances en mer. Côté instruments, un ordinateur de plongée fiable affiche la profondeur en continu, ce qui aide quand on ne voit plus le fond. La boussole sert au retour. Une caméra peut attendre.
Ainsi, tout dépend du matériel que tu possèdes déjà.
Si tu plonges déjà en étanche dans un lac froid, le Loch Ness reste une sortie exigeante mais lisible. Si tu n’as jamais porté d’étanche, la formation et la location d’un équipement complet coûtent du temps et de l’argent, pour une plongée sans animal promis.
Pourquoi le mythe tient-il encore ?
Le mythe tient parce que le lac est immense et opaque. Un sillage de bateau ou un tronc qui flotte peut dessiner, vu depuis la rive par temps de vent, une forme qui ressemble à une bosse en mouvement sur une eau sombre.
Nessie rejoint la longue liste des monstres aquatiques des récits anciens, que l’on présente en partie dans notre sélection des créatures mythologiques les plus impressionnantes. Pour la chronologie des témoignages et des expéditions, notre dossier Nessie, mythe ou réalité va plus loin. Et si l’hypothèse d’un grand poisson t’intéresse, les vrais géants existent ailleurs. Notre liste des plus gros poissons d’eau douce au monde en donne une idée, avec des espèces de fleuves et de lacs bien plus chauds que l’Écosse. Aucun ne vit dans le Loch Ness.
Cependant, on peut garder le plaisir de la légende.
Le monstre fait partie du paysage du lac comme un personnage de roman, et personne n’est obligé de choisir entre la légende et les mesures. Pour un plongeur, la question utile change de nature. Es-tu prêt pour une eau à 6 ou 7 °C où la lampe éclaire deux mètres de vase ? Le prix de cette réponse se compte en heures d’entraînement en étanche, bien avant le billet pour Inverness.
FAQ
Quelle est la profondeur maximale du Loch Ness ?
Environ 230 mètres selon le relevé de Sir John Murray en 1903, repris par la World Lake Database de l’ILEC. Un sondage du Loch Ness Project a mesuré 227 mètres en 1991. La profondeur moyenne est d’environ 132 mètres.
La photo du monstre de 1934 était-elle un faux ?
Oui. En 1994, Christian Spurling a avoué avoir fabriqué la maquette, un sous-marin jouet surmonté d’une tête et d’un cou sculptés. La photo avait été présentée sous le nom du médecin Robert Kenneth Wilson.
Qu’a montré l’étude ADN de 2018 ?
Les 250 échantillons prélevés en juin 2018 par l’équipe de Neil Gemmell ne contiennent aucun ADN de reptile. Ils contiennent beaucoup d’ADN d’anguille. L’étude ne permet pas de connaître la taille de ces anguilles.
Quelle est la température de l’eau du Loch Ness ?
Sur les mesures de 1977-1978 citées par l’ILEC, la surface allait de 5,6 °C en hiver à 13,5 °C en août. À 75 mètres, l’eau restait entre 5,6 et 8,0 °C toute l’année. Prévois une combinaison étanche quelle que soit la saison.
Sources
- First eDNA study of Loch Ness points to something fishy (University of Otago, 2019)
- Loch Ness, World Lake Database (International Lake Environment Committee, données 1977-1978)



