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R’lyeh et Cthulhu : ce que dit vraiment la nouvelle de Lovecraft

Par la rédaction Spotmydive · 14 décembre 2025

R’lyeh et Cthulhu : ce que dit vraiment la nouvelle de Lovecraft

S. Latitude 47° 9′, W. Longitude 126° 43′. Ces coordonnées figurent noir sur blanc dans « L’Appel de Cthulhu », la nouvelle que Lovecraft écrit en 1926 et que la revue américaine Weird Tales publie en février 1928. Elles désignent un point du Pacifique Sud où une cité de pierre aurait surgi des flots le 23 mars 1925.

Cette cité s’appelle R’lyeh. Son occupant, Cthulhu, y dort en attendant son heure.

L’ancienne version de cette page mélangeait la fiction, des approximations et quelques erreurs nettes, comme un Bloop entendu « non loin du point Némo ». On a repris chaque affirmation à la source. Ce qui ne tenait pas a disparu.

Où se trouve R’lyeh selon Lovecraft ?

Dans la nouvelle, R’lyeh émerge par 47° 9′ de latitude sud et 126° 43′ de longitude ouest, en plein Pacifique Sud, très loin de toute côte habitée. C’est le journal du marin norvégien Gustaf Johansen, retrouvé à bord du yacht Alert, qui donne cette position au narrateur.

Illustration de Cthulhu surgissant des flots

August Derleth, éditeur et continuateur de Lovecraft, a ensuite placé la cité un peu plus au sud dans ses propres textes, vers 49° 51′ S et 128° 34′ O. Les deux positions restent dans le Pacifique Sud. L’ancienne page parlait d’océan Austral pour la seconde. Or cet océan commence bien plus bas, au 60e parallèle sud dans la délimitation la plus courante. Pour la fiction, l’écart compte peu. Pour une carte, si.

Reste le point Némo, que l’ancienne version confondait avec R’lyeh.

Le point Némo désigne l’endroit de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée, vers 48° 52′ S et 123° 23′ O. Il a été calculé en 1992 par l’ingénieur Hrvoje Lukatela, soit plus de cinquante ans après la mort de Lovecraft en 1937. L’écrivain ne pouvait donc pas s’en servir comme repère. La coïncidence reste amusante, puisque les coordonnées de la nouvelle tombent à un peu plus de 300 kilomètres de ce point, et celles de Derleth à moins de 400 kilomètres (calcul indicatif sur la sphère terrestre).

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Que raconte « L’Appel de Cthulhu » sur la cité engloutie ?

La nouvelle reconstitue une enquête à partir des papiers d’un professeur mort. Le cœur du récit tient dans le journal de Johansen, dont l’équipage débarque sur une île sortie de la mer, couverte de blocs immenses, et réveille sans le vouloir la créature qui dormait là.

Lovecraft insiste sur une architecture qui déraille. Il écrit que la géométrie du lieu est « anormale, non euclidienne ». Plus loin, elle devient « toute fausse », avec des angles qui paraissent convexes puis concaves et des surfaces dont personne ne sait plus dire si elles sont horizontales ou penchées. Les marins perdent leurs repères. Cette perte d’équilibre porte l’horreur du texte plus sûrement que la description du monstre, qui reste floue jusqu’au bout. Johansen, lui, ne s’en remet pas.

Et une phrase résume l’attente de la créature.

« Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn » se traduit, dans la nouvelle, par « Dans sa demeure de R’lyeh, Cthulhu mort attend en rêvant ». Les adeptes de son culte la répètent sans forcément en saisir le sens. Ce mort qui rêve installe une menace suspendue, que rien n’éteint et que rien ne réveille vraiment, sauf le hasard d’un équipage perdu.

Nan Madol a-t-il inspiré R’lyeh ?

Rien ne le prouve. À notre connaissance, aucun texte de Lovecraft ne cite Nan Madol, et le rapprochement vient surtout de ses lecteurs. La piste reste plausible, car l’écrivain admirait Abraham Merritt, dont le roman « The Moon Pool » (1918) se déroule dans les ruines de Ponape, l’actuelle Pohnpei.

Illustration d'une cité engloutie en ruines

Le site, lui, existe. Selon l’UNESCO, Nan Madol regroupe plus de 100 îlots artificiels au large de la côte sud-est de Pohnpei, dans les États fédérés de Micronésie. Leurs murs mêlent des blocs de basalte et de corail. Palais, temples, tombeaux et quartiers d’habitation y ont été bâtis entre 1200 et 1500 de notre ère, et l’ensemble formait le centre cérémoniel de la dynastie Saudeleur. Rien de tout cela n’est englouti au fond du Pacifique.

Bref, la cité de pierre tient sur l’eau, pas au fond.

Le site figure sur la Liste du patrimoine mondial depuis 2016, et sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis la même année, ce qui en dit long sur son état de conservation. L’UNESCO cite l’envasement des canaux, qui laisse la mangrove s’étendre sans contrôle et fragilise les murs. On n’a trouvé aucune information officielle datée sur la plongée dans ces canaux. Impossible à trancher d’ici.

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Pourtant, des cités vraiment englouties existent ailleurs. Notre tour des villes englouties où l’on peut plonger détaille pour chacune les accès réels et les autorisations demandées.

Le Bloop de la NOAA venait-il de R’lyeh ?

Non. Le Bloop est un son très grave enregistré à l’été 1997 par les hydrophones de la NOAA. L’agence américaine le range aujourd’hui parmi les icequakes, ces vibrations produites quand de grands icebergs se fissurent et se fracturent. Sa source probable se situe près de l’Antarctique, loin des coordonnées de la nouvelle.

La page du laboratoire PMEL de la NOAA situe la zone d’origine entre le détroit de Bransfield et la mer de Ross, voire au cap Adare. Les chercheurs ont comparé le signal avec celui de l’iceberg A53a, suivi par acoustique pendant sa désintégration près de l’île de Géorgie du Sud, dans l’Atlantique Sud, au début de 2008. Les deux sons se ressemblent. L’ancienne version de cette page plaçait le Bloop près du point Némo. Rien ne l’appuie.

Cependant, la légende a eu le temps de s’installer.

Pendant des années, des forums et des vidéos ont relié ce son à une créature géante, parfois à Cthulhu lui-même. On comprend l’envie, car un bruit énorme capté par un organisme officiel dans les mers du Sud ressemblait à un scénario écrit d’avance. Il manquait juste le monstre.

Pourquoi R’lyeh parle-t-elle autant aux plongeurs ?

Parce que Lovecraft pousse jusqu’à la folie des sensations que beaucoup de plongeurs connaissent sous une forme douce : l’obscurité, le silence relatif, la perte de repères. La plongée réelle encadre ces sensations par la formation, le binôme et le briefing. La nouvelle, elle, les laisse grandir sans garde-fou.

Le texte s’ouvre d’ailleurs sur une phrase restée célèbre : « La chose la plus miséricordieuse au monde est, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à relier tout ce qu’il contient. » Tout le reste en découle. Ainsi, le mythe a vite quitté la page. En 1981, l’éditeur Chaosium publie le jeu de rôle « L’Appel de Cthulhu », où les personnages perdent des points de santé mentale face à l’inconnu. Des jeux vidéo, des films et des bandes dessinées ont suivi, et R’lyeh y sert souvent de décor final.

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La cité rejoint une longue lignée de monstres marins.

On pense au Kraken des marins scandinaves, aux créatures mythologiques les plus impressionnantes ou aux dieux de la mer que chaque civilisation s’est donnés. Les continents perdus comme Lemuria et Mu reviennent dans les mêmes discussions. Lovecraft ajoute une idée moderne. Pour lui, l’océan cache des choses que l’esprit humain ne supporte pas, et la science ne fait qu’en approcher le seuil.

Sous l’eau, le vrai risque tient plutôt à la désorientation, qui se gère en restant près de son binôme et en suivant le plan annoncé. Si tu cherches une ville engloutie au passé sombre et bien documenté, Port-Royal, l’ancien repaire des pirates en Jamaïque, inscrit au patrimoine mondial depuis juillet 2025, raconte une catastrophe réelle. Lovecraft, lui, reste une lecture de soirée. Elle coûte une nuit de sommeil, rarement plus.

FAQ

R’lyeh existe-t-elle vraiment ?

Non. R’lyeh est une invention de Lovecraft, apparue dans « L’Appel de Cthulhu », publiée en 1928 dans Weird Tales. Les coordonnées de la nouvelle tombent en plein Pacifique Sud, sur des fonds de plusieurs milliers de mètres, où aucune ruine n’a été signalée.

Quelle est la position de R’lyeh dans la nouvelle ?

Lovecraft donne 47° 9′ S et 126° 43′ O. August Derleth a proposé plus tard 49° 51′ S et 128° 34′ O. Les deux positions tombent à quelques centaines de kilomètres du point Némo, qui n’a été calculé qu’en 1992.

Qu’était le Bloop enregistré par la NOAA ?

Un son très grave capté par les hydrophones de la NOAA à l’été 1997. L’agence l’attribue à des icequakes, c’est-à-dire à la fracture de grands icebergs. Sa source probable se trouve entre le détroit de Bransfield et la mer de Ross, près de l’Antarctique.

Que signifie « Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn » ?

Dans la nouvelle, la formule se traduit par « Dans sa demeure de R’lyeh, Cthulhu mort attend en rêvant ». C’est la phrase rituelle des adeptes du culte. Elle n’appartient à aucune langue réelle.

Plongeurs explorant un fond sableux en eau profonde

Peut-on visiter Nan Madol ?

Nan Madol se trouve au large de Pohnpei, en Micronésie, et figure au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2016. Le site est aussi classé en péril à cause de l’envasement des canaux. Vérifie les conditions d’accès du moment auprès des autorités locales avant de partir.

Sources

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