Magazine de plongée sous-marine

Requin-baleine : taille, longévité, statut UICN et observation responsable

Par la rédaction Spotmydive · 28 novembre 2025

Requin-baleine : taille, longévité, statut UICN et observation responsable

En février 2012, une femelle requin-baleine de 10 mètres et d’environ 7 tonnes est récupérée au Pakistan. Ses vertèbres, datées plus tard grâce au carbone 14 laissé dans les océans par les essais nucléaires des années 1950 et 1960, lui donnent 50 ans. C’est l’âge le plus élevé jamais validé pour l’espèce.

Ce chiffre bouscule pas mal de fiches qui circulent encore, avec leurs 150 ans de longévité et leurs 34 tonnes affichées sans source. On a donc tout repris, de la taille au statut UICN, jusqu’à ce qu’il faut vérifier avant d’aller nager à côté de lui.

Rhincodon typus reste le plus grand poisson vivant. Le reste mérite des nuances.

Quelle taille et quel poids atteint vraiment le requin-baleine ?

La plus grande longueur rapportée dans la nature est d’environ 20 mètres, pour un individu observé au large de Taïwan, et la fiche officielle australienne retient le même plafond. Le poids est bien moins documenté. La donnée la plus solide concerne la femelle pakistanaise de 10 mètres, estimée à environ 7 tonnes.

Les 34 tonnes qui tournent en ligne n’ont aucune source vérifiable.

Mais la plupart des requins-baleines que croisent les nageurs sont loin de ces mensurations. Selon la fiche australienne, les mâles deviennent adultes entre 7 et 9,2 mètres, et les femelles vers 9 mètres. Un animal de 6 mètres n’a donc pas fini sa croissance. Sa taille impressionne quand même. Le modèle de croissance publié en 2020 prédit une longueur maximale théorique de 21,9 mètres, ce qui colle plutôt bien avec le record taïwanais.

Caractéristique Valeur retenue Remarque
Longueur maximale rapportée Environ 20 m Individu de Taïwan
Taille à maturité Mâles 7 à 9,2 m, femelles vers 9 m Fiche FRDC
Poids documenté Environ 7 t pour une femelle de 10 m Ong et al., 2020
Plus vieil âge validé 50 ans Datation des vertèbres
Longévité estimée 60 à 100 ans Estimation, fiche FRDC
Profondeur maximale enregistrée Au moins 1 928 m Balise électronique
Embryons chez une femelle Environ 300 Un seul cas documenté
Statut UICN En danger (EN) Évaluation de 2016

Comment reconnaître un requin-baleine et où vit-il ?

Tu le reconnais à sa tête large et aplatie, à sa bouche placée tout au bout du museau et à son dos gris bleuté couvert de taches claires et de lignes qui dessinent un damier. Il vit dans les mers tropicales et tempérées chaudes, près des côtes comme au large.

Lire aussi :  Cassiopea, la méduse à l'envers : symbiose, mucus piquant et invasion en Méditerranée

Ce motif de taches est propre à chaque individu. Les chercheurs s’en servent comme d’une empreinte digitale, à partir de photos prises sur le flanc. Ainsi, une simple image peut enrichir un catalogue de photo-identification, à condition d’avoir été prise sans poursuivre l’animal ni lui barrer la route au moment où il passe. Les grandes nageoires pectorales et les crêtes qui courent le long du dos complètent le portrait. Impossible de le confondre avec un autre requin.

La Méditerranée ne fait pas partie de son aire de répartition, d’après la fiche officielle australienne consacrée à l’espèce.

On l’imagine collé à la surface. Les balises racontent autre chose, puisqu’un requin-baleine a été enregistré à au moins 1 928 mètres de profondeur, bien au-delà de toute plongée loisir. Avec sa bouche filtrante, il se range aussi parmi les requins les plus étranges au monde.

Que mange le requin-baleine et comment filtre-t-il l’eau ?

Le requin-baleine se nourrit par filtration. Il fait partie des trois seules espèces de requins filtreurs, avec le requin pèlerin et le requin grande-gueule. Il avale de grands volumes d’eau chargée de plancton, de krill, d’œufs et de petits poissons, puis l’eau ressort par les fentes branchiales pendant que les proies restent piégées.

Il a pourtant des dents. Des milliers, minuscules, alignées en rangées serrées. Elles ne servent pas à mâcher et leur fonction exacte reste discutée. Et le travail se fait plus loin, dans le tamis formé par ses arcs branchiaux, qui retient les proies. Il peut filtrer en nageant bouche grande ouverte, ou se tenir presque à la verticale et aspirer l’eau par à-coups, une posture souvent photographiée lors des sorties d’observation.

Les chiffres spectaculaires sur des milliers de tonnes d’eau filtrées par heure ne reposent sur aucune mesure que nous ayons pu retrouver, alors on les laisse de côté.

Ce régime le rend très différent du requin blanc, grand prédateur de mammifères marins. Il ne chasse aucune proie plus grosse qu’un petit poisson.

Combien de temps vit un requin-baleine ?

Le plus vieux requin-baleine dont l’âge a été validé avait 50 ans. L’étude publiée en 2020 dans Frontiers in Marine Science a compté les bandes de croissance de ses vertèbres et les a calées sur le carbone 14 des essais nucléaires. La fiche australienne parle d’une longévité estimée entre 60 et 100 ans.

Lire aussi :  Crevette pistolet : ce que la science dit vraiment de son claquement

Or les « 100 à 150 ans » que l’on lit encore n’ont pas de base publiée solide. Pareil pour le « plus vieux spécimen de 70 ans ». La croissance mesurée est très lente, avec un coefficient de 0,014 par an dans le modèle de l’étude de 2020. Une femelle met donc des décennies à atteindre la taille adulte. Les auteurs préviennent d’ailleurs que sous-estimer la longévité d’une espèce fausse la gestion de sa pêche.

Côté reproduction, une seule femelle gestante a été documentée à ce jour dans la littérature, avec environ 300 embryons.

La durée de gestation reste inconnue. Les « deux ans » avancés par certaines fiches relèvent de la supposition. On ignore donc encore à quel rythme une femelle se reproduit, ce qui rend fragile toute estimation de la capacité de l’espèce à remonter la pente. Pour comparer, notre liste des animaux marins qui vivent le plus longtemps montre des records bien plus élevés.

Pourquoi le requin-baleine est-il classé en danger ?

Depuis 2016, la Liste rouge de l’UICN classe le requin-baleine « En danger ». L’évaluation, signée Simon Pierce et Brad Norman, estime que la population de l’Indo-Pacifique a reculé de 63 % sur trois générations, soit 75 ans, et celle de l’Atlantique d’au moins 30 % sur la même période.

Les causes sont connues. La pêche, ciblée ou accidentelle, a longtemps pesé lourd, pour sa chair et ses ailerons. Cependant, une menace plus discrète revient dans les suivis. La fiche australienne note que les blessures d’hélice sont couramment relevées lors des programmes de surveillance. Un animal qui passe du temps près de la surface reste exposé à chaque bateau rapide qui traverse sa zone d’alimentation.

Le tourisme non encadré figure aussi dans la liste des menaces.

Sa biologie n’aide pas non plus. Une espèce qui grandit lentement et devient adulte tard met des décennies à combler chaque perte, un point que les auteurs de l’étude de 2020 mettent en avant pour les gestionnaires des pêches. Le statut ne bouge donc pas vite.

Comment observer un requin-baleine sans le déranger ?

Tu l’observes en surface, avec palmes, masque et tuba, aux côtés d’un opérateur qui applique un code de conduite écrit. Garde tes distances, ne touche pas l’animal, ne lui coupe pas la route et limite le nombre de nageurs autour de lui. Les règles exactes changent d’un pays à l’autre, donc demande-les avant de réserver.

Lire aussi :  Les méduses dorment-elles ? Ce que montrent les études de 2017 à 2026

Les sites les plus cités sont Holbox au Mexique, Ningaloo en Australie, Donsol aux Philippines, Nosy Be à Madagascar et South Ari aux Maldives. Les fenêtres de saison affichées par les plateformes de réservation varient d’une page à l’autre et ne sont presque jamais datées. Impossible à trancher d’ici. Pourtant, cette question décide de ton voyage. Demande à l’opérateur ses taux d’observation des saisons précédentes, mois par mois, et ce qu’il propose si l’animal ne se montre pas.

Aucun opérateur sérieux ne peut te garantir une rencontre.

Pour quel niveau ? Sur la plupart des sorties, on nage en surface, donc la question porte moins sur ton brevet que sur ton aisance en pleine eau, loin du bord et parfois avec du courant. Une eau claire ne dit rien de ce courant. Le courant décide plus que la photo. Écoute le briefing, repère comment le bateau récupère les nageurs, et garde en tête pourquoi on ne touche jamais la vie marine. Pense aussi à ta crème solaire, qui finit dans l’eau.

Bref, ce filtre te coûte une heure de recherche et parfois une sortie plus chère, contre le risque de payer un voyage entier pour un site où l’on nourrit les requins pour les retenir sur place.

FAQ

Le requin-baleine est-il dangereux pour l’homme ?

Il ne chasse pas l’homme et se nourrit de plancton et de petits poissons. Le risque vient de sa masse, avec un coup de nageoire caudale possible si un nageur s’approche trop. Garder la distance te protège et protège l’animal.

Le requin-baleine a-t-il des dents ?

Oui, des milliers de dents minuscules alignées en rangées. Elles ne servent pas à mâcher, puisque le requin-baleine filtre l’eau à travers ses arcs branchiaux pour retenir ses proies.

Combien de temps vit un requin-baleine ?

Le plus vieil individu dont l’âge a été validé avait 50 ans, selon une étude publiée en 2020. La fiche officielle australienne estime sa longévité entre 60 et 100 ans. Les 150 ans souvent cités n’ont pas de base publiée.

Quel est le statut UICN du requin-baleine ?

Il est classé « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN depuis 2016. L’évaluation estime un recul de 63 % de la population de l’Indo-Pacifique et une baisse supérieure à 30 % dans l’Atlantique sur 75 ans.

Sources

Suivez Spotmydive

La lettre Spotmydive

Les nouveaux guides de plongée dans votre boîte mail.

S'inscrire

Laisser un commentaire