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Triton géant : l’escargot qui devait sauver la Grande Barrière de corail

Par la rédaction Spotmydive · 14 novembre 2023

Triton géant : l’escargot qui devait sauver la Grande Barrière de corail

Entre 1947 et 1960, environ 10 000 tritons géants ont été retirés chaque année de la Grande Barrière de corail, selon une revue scientifique publiée en 2017 dans la revue Diversity. Leur coquille se vendait bien. Soixante ans plus tard, on demande à ce même escargot de mer de sauver le récif.

L’idée tient en une phrase. Le triton géant (Charonia tritonis) mange des acanthasters, ces étoiles de mer couvertes d’épines qui dévorent le corail, donc il suffirait d’en élever et d’en relâcher des milliers.

Sur le papier, c’est séduisant. Mais où en est vraiment la recherche en 2026, et que fait l’Australie pendant ce temps face aux épidémies d’acanthasters ? On a recoupé les publications de l’AIMS, de l’autorité du parc marin et de la presse datée.

Pourquoi l’acanthaster ravage-t-il la Grande Barrière de corail ?

L’acanthaster se nourrit presque uniquement de corail, et ses populations explosent par vagues. L’autorité du parc marin de la Grande Barrière (GBRMPA) recense quatre grandes épidémies depuis les années 1960, la dernière ayant démarré vers 2010. Selon des données de suivi de l’AIMS citées par ABC News en janvier 2026, l’étoile expliquerait jusqu’à 40 % du corail perdu en quatre décennies.

Le mécanisme est simple. L’étoile retourne son estomac sur une colonie et digère les tissus vivants, ne laissant qu’un squelette blanc que les algues recouvrent ensuite. ABC News compare sa ration quotidienne à une assiette de corail. Une seule femelle peut pondre des centaines de millions d’œufs. Quand la densité dépasse un certain seuil sur un récif, la perte de corail va plus vite que sa repousse. Le blanchissement lié aux vagues de chaleur s’ajoute à cette pression, et les deux phénomènes se cumulent sur les mêmes récifs (on détaille ces menaces qui pèsent sur les coraux dans un autre article).

Or la cinquième vague semble déjà là.

En janvier 2026, ABC News rapportait une accumulation d’adultes sur environ 240 kilomètres entre Cairns et Lizard Island, en avance sur le cycle observé jusqu’ici. Roger Beeden, scientifique en chef de la GBRMPA, veut agir vite. Les épidémies démarrent généralement dans cette zone du nord, puis descendent vers le sud pendant une dizaine d’années, d’après la GBRMPA. Ce calendrier rend la détection précoce décisive.

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Une précision de vocabulaire s’impose. L’acanthaster est une espèce indigène du récif, et pas une espèce invasive, même si certains titres de presse l’ont présentée ainsi. Sur la Grande Barrière, les chercheurs la désignent désormais souvent sous le nom d’Acanthaster cf. solaris, la forme du Pacifique, plutôt que A. planci. Pour replacer l’animal dans sa famille, notre fiche sur l’étoile de mer reprend les bases.

Le triton géant mange-t-il vraiment des acanthasters ?

Oui, le triton géant chasse l’acanthaster, mais les données de terrain sur sa fréquence d’attaque restent minces. La revue de Cowan et ses collègues (2017) note qu’il préfère d’autres étoiles de mer quand il a le choix et que ses attaques ne sont pas toujours mortelles. Personne n’a encore montré qu’il pourrait, seul, stopper une épidémie.

Ce qui est solide, c’est la réaction de l’étoile, qui fuit dès qu’elle sent l’odeur du triton. L’AIMS l’annonçait dès septembre 2017 en parlant d’une réaction d’alarme constante face aux sécrétions de l’escargot, et la revue publiée en 2022 par Cherie Motti, Scott Cummins et Michael Hall confirme cet effet de dissuasion à courte distance. Cette piste chimique intéresse autant les chercheurs que l’escargot lui-même, parce qu’un leurre olfactif posé sur un récif coûterait probablement moins cher qu’un élevage en bassin. Il reste au stade de la recherche.

Pourtant le triton n’est qu’un prédateur parmi d’autres.

La revue de 2017 recense environ 80 espèces récifales qui consomment l’acanthaster à un stade ou un autre de sa vie, des poissons aux invertébrés. Un poisson-ballon étoilé a mangé un adulte de 20 cm en moins de dix minutes. Le napoléon figure aussi parmi les prédateurs cités. Les auteurs estiment que la disparition des prédateurs ne suffit pas, à elle seule, à expliquer le déclenchement des épidémies. Le triton reste simplement le plus médiatique.

Repère Triton géant Acanthaster
Nom scientifique Charonia tritonis Acanthaster cf. solaris (souvent appelé A. planci)
Taille Coquille jusqu’à 50 cm (Motti et al., 2022) Jusqu’à près d’un mètre de diamètre (GBRMPA, 2026)
Régime Étoiles de mer, dont l’acanthaster Corail vivant, presque exclusivement
Phase larvaire Très longue, possiblement plusieurs années Quelques semaines dans le plancton (ordre de grandeur)
Statut Rare, protégé dans les eaux du Queensland Espèce indigène, contrôlée par abattage ciblé

Où en est l’élevage du triton géant en 2026 ?

Personne n’a encore réussi à faire passer une larve de triton géant au stade d’escargot fixé sur le fond. L’AIMS a obtenu plus de 100 000 larves en 2017, et la revue de 2022 signale jusqu’à 1,47 million de larves par saison de ponte chez des reproducteurs gardés en captivité. Aucune n’a atteint la métamorphose. Une étude génomique parue en juillet 2026 dans DNA Research fait le même constat.

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Revenons sur l’annonce de 2017. Le gouvernement australien avait financé un essai de 568 000 dollars australiens, prévu de mi-2017 à juin 2019, au sein d’un plan de 27,4 millions consacré à l’acanthaster. L’objectif affiché portait sur la compréhension des signaux qui déclenchent la métamorphose. Une partie de la presse a pourtant résumé l’affaire en « bébés tritons » prêts à être relâchés, ce que les sources primaires n’ont jamais dit.

Le blocage vient de la biologie.

Les larves du triton sont dites téléplaniques, capables de dériver à travers un océan, et cette phase pourrait durer des années, selon Motti et ses collègues. Une espèce proche atteint 4,5 ans. Garder une larve vivante aussi longtemps en bassin, avec la bonne nourriture et les bons signaux chimiques au moment de se fixer, reste hors de portée. Et l’espèce a des sexes séparés, ce qui complique la reproduction quand les adultes se font rares. Bref, le triton géant d’élevage relâché par milliers sur le récif relève encore de l’hypothèse.

Ce que la recherche a produit est moins spectaculaire mais utile. On dispose désormais d’un génome publié, de données sur les glandes salivaires et le venin de l’escargot, et d’une meilleure idée des molécules qui font fuir l’acanthaster. Faut-il y voir une impasse ? Impossible à trancher d’ici.

Que fait l’Australie contre la vague actuelle d’acanthasters ?

La réponse opérationnelle repose sur des plongeurs. Depuis 2012, le programme de contrôle de la GBRMPA envoie des équipes qui injectent une seule dose de vinaigre ménager ou de bile de bœuf à chaque étoile. Sur l’exercice 2025-2026, la GBRMPA annonce 64 879 acanthasters abattues sur 220 récifs, soit 13 210 hectares couverts.

Ainsi, l’abattage reste ciblé. La GBRMPA a identifié 500 récifs prioritaires et en traite 200 à 250 par an, avec six bateaux. Les équipes ont passé 17 528 heures en immersion sur la dernière saison. Le passage à l’injection unique, en 2014, a tout changé puisqu’il fallait auparavant entre 10 et 25 piqûres par étoile. L’histoire de cette méthode est racontée dans notre article sur le vinaigre contre l’acanthaster.

Le résultat se mesure récif par récif.

Sur John Brewer Reef, la GBRMPA indique que l’abattage a ramené la moyenne de 3,5 à 0,35 étoile par relevé, avec une couverture de corail dur maintenue entre 31 et 42 %. Selon ABC News, le programme coûte environ 25 millions de dollars australiens par an. Les responsables cités estiment qu’il faudrait doubler la capacité pour suivre la nouvelle vague.

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Peut-on croiser un triton géant en plongée sur la Grande Barrière ?

C’est possible, jamais garanti. L’espèce est devenue rare sur une grande partie de son aire de répartition après des décennies de collecte pour sa coquille, et elle reste protégée dans les eaux du Queensland. Aucun opérateur ne peut honnêtement promettre d’en voir un. Si tu en repères un, regarde sans toucher ni déplacer l’animal ou sa coquille, car un triton vivant compte davantage pour le récif que n’importe quelle photo.

Cependant, la question la plus utile pour toi porte sur l’acanthaster.

Ses épines provoquent des piqûres douloureuses. Si ta sortie croise un récif en cours d’abattage, le briefing du club reste la seule référence sur les zones à éviter. Le site visité, la saison et l’état du corail varient d’un récif à l’autre, et la Grande Barrière de corail s’étire sur environ 2 300 kilomètres. Une photo turquoise sur la page d’un opérateur ne te dit rien de l’état du récif ce mois-ci. Demande au club quels récifs il fréquente en ce moment.

Signaler une acanthaster coûte quelques minutes après la plongée. L’application gratuite Eye on the Reef de la GBRMPA accepte les observations géolocalisées d’acanthasters, comme celles d’animaux rares. Pour voir comment ces étoiles et leurs voisins se protègent, nos mécanismes de défense des animaux marins donnent d’autres exemples. Ces minutes de saisie servent davantage le récif que l’espoir d’apercevoir un triton.

FAQ

Le triton géant peut-il sauver la Grande Barrière de corail ?

Pas à lui seul, en l’état des connaissances. Les chercheurs de l’AIMS écrivent en 2022 que sa capacité à contrôler une épidémie reste à établir. Il chasse l’acanthaster, mais l’élevage n’a jamais produit de juvéniles.

A-t-on réussi à élever des tritons géants en captivité ?

Les adultes pondent en bassin et produisent des centaines de milliers de larves. Aucune larve n’a encore atteint la métamorphose, d’après une revue de 2022 et une étude génomique de juillet 2026.

Combien d’épidémies d’acanthasters la Grande Barrière a-t-elle connues ?

La GBRMPA en compte quatre depuis les années 1960, la plus récente ayant démarré vers 2010. En janvier 2026, ABC News signalait l’émergence d’une cinquième vague entre Cairns et Lizard Island.

Comment tue-t-on les acanthasters sur la Grande Barrière ?

Des plongeurs du programme de contrôle injectent une dose unique de vinaigre ménager ou de bile de bœuf à chaque étoile. Sur 2025-2026, la GBRMPA annonce 64 879 étoiles abattues sur 220 récifs.

Sources

Photo : David Burdick, NOAA, Wikimedia Commons, domaine public

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